16 piliers pour la « Maison France »

Plus ça va et moins j’aime cette façon « dont on nous parle ». Pas seulement parce que bien souvent « on » est un con. Aussi parce que trop est formulé d’une telle façon qu’à la fin, c’est le « petit » qui perd. Je m’explique : Alternatives économiques est une revue que j’aime parcourir parfois, parce que je suis un gros nullos en économie et parce que cette revue m’a l’air du bon côté du curseur de cette « économie ».
C’est-à-dire du côté de la femme et de l’homme. Et quand Alternatives économiques titre son édito avec ces quelques mots : 4 milliards pour aider les pauvres, je tique.
Au-delà du savoir faire journalistique qui m’invite ce faisant à lire l’article, je tique sur ce « pour aider les pauvres ». Je tique parce que cette économie les a pas mal fabriqués, ces pauvres, et parce que la nation française, l’Europe pour ce qui nous concerne, l’ont pas mal enfoncé la tête sous l’eau, le pauvre. Pas de débat d’expert, ici, je n’en suis pas un. Mais de savoir que les prix augmentent de la même façon pour toutes et tous pendant qu’on prive la moitié des français de contribuer à l’impôt « en fonction de leurs ressources », ça me gonfle. La calculatrice qui décrète à combien on est pauvre et à combien on ne l’est pas à bon dos, un peu comme l’algorithme du monde virtuel. Y’a quand même toujours des mains et des cerveaux derrière.

Ce qui me fait tiquer, c’est – déjà – ce « pauvre ». C’est – aussi – ce « aider ». Et c’est – surtout – ce condescendant « aider les pauvres ». 4 milliards « pour » aider les pauvres. La belle aumône que voilà ! Pas de débat d’expert ai-je dit ni d’opposition : ces 4 milliards, juste, c’est que dalle par rapport à d’autres milliards « pour aider les entreprises » ou « pour aider les riches ». Le seul ruissellement que je vois fonctionner vraiment depuis que je suis dans la vie dite active, c’est le covid.
Je n’aime pas cette idéologie de l’aumône, pour tout dire. Gamin, à l’église, je n’aimais déjà pas ça. Quelque chose me turlupinait. Je n’avais pas les mots mais je voyais bien ce type assis à la sortie qui tendait la main et ces femmes et ces hommes qui s’étaient recueillis passer devant lui sans un regard. Rien n’a changé. L’église n’est plus la même, c’est tout.

Alors, comme souvent, je repars dans les fondamentaux. J’aime bien la constitution française pour ça. Elle dit vite et bien les choses (pour les parties qui n’ont pas été triturées entre temps la transformant en indigeste bouillie à certains endroits). Je la consulte d’autant plus volontiers que dans quelques mois, en 2022, on nous demande de remettre une pièce dans le bousin.
Deux pièces, mêmes : élection présidentielle puis élections législatives.

Comme le texte a été « bidouillé » au fil des années, je plonge dans l’édition de 1946, qui me paraît la plus juste et la moins « arrangée ». La plus sage et la plus humaniste. On ne sort pas de trois guerres pour rien !
Ce texte, dans son prémabule et son article premier, dit ceci et dans cet ordre là :

  1. La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme.
  2. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République.
  3. Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.
  4. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l’action syndicale et adhérer au syndicat de son choix.
  5. Le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.
  6. Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises.
  7. Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.
  8. La nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
  9. Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence.
  10. La nation proclame la solidarité et l’égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales.
  11. La nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat.
  12. La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n’entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple.
  13. Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l’organisation et à la défense de la paix.
  14. La France forme avec les peuples d’outre-mer une Union fondée sur l’égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion.
  15. L’Union française est composée de nations et de peuples qui mettent en commun ou coordonnent leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs civilisations respectives, accroître leur bien-être et assurer leur sécurité.
  16. Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s’administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ; écartant tout système de colonisation fondé sur l’arbitraire, elle garantit à tous l’égal accès aux fonctions publiques et l’exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus.

Je trouve que ces 16 piliers ont une bonne gueule de modernité.
16 piliers pour redonner à la maison « France » l’envie d’y entrer et non d’en sortir, d’y évoluer et non de s’y retrancher ou de s’y fuir, de s’y épanouir, d’y respecter les jeunes et les anciens, les porteurs de handicaps et les moins aisés. 16 piliers pour s’honorer non plus « d’aider les pauvres » ou de « laisser tomber les territoires d’outre-mer » mais pour conduire une action humaniste assez lucide sur la « part » que peut prendre notre tout petit pays dans ce vaste monde. Ce sera déjà bien. Et je peux vous dire que moi, ça va pas me poser trop de difficultés, les moments venus, de savoir quel bulletin je mettrai dans l’urne. Car 1) bien évidemment, j’irai voter. 4 fois. Ni plus ni moins. Me suis pas fait vacciner pour rien !!! et 2) J’ai mes piliers en tête, comme une force souterraine, le roseau plie mais ne rompt pas. C’est bien connu.

Et vous, quelles sont vos fondations ?

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