Les bains chauds des gens du pays

Quel taf ! Je vous recommande la découverte de l’album La Distance, de Solitaire. Un disque qui sent bon le fait maison et qui ressemble sous ses faux airs carrés à un labyrinthe ondoyant. Un disque d’automne.

D’abord, la jaquette. En grosse lettres noires Solitaire. En typo plus douce et rouge, la distance. Un fond gris, gris blanc. Et les 2/3 de la pochette, un homme aux airs de crooner qu’une lecture attentive de l’image trouble. Il y a la ride, au-dessus des lunettes noires et épaisses. Et dessous comme un sourire moqueur. Taquin.

Ensuite l’intérieur de la pochette. La distance est un album de chansons. On y découvre dans ensemble soigneusement brinquebalant de typos diverses et variées les textes. Et les titres.
Ce qui donne de gauche à droite, en lettres majuscules : Copenhague, Solitaire, Le Loup, Là-haut, Parle moi et sentinelles.
Des textes courts, ciselés, avec quelques effets de bravoure. Ce sont les passages en italiques ci-dessous

Copenhague nous dit une femme qui a acheté la maison et qui rappelle à l’homme de ne pas oublier de payer les factures, elles sont sur l’escalier.
Dans Solitaire, l’enfer, ce sont les saisons. Elles prolifèrent. Lui dit à elle qu’il ne lui courra pas derrière, parce qu’elle la lui fait à l’envers. Frontières ordinaires dans un monde faussement égalitaire où les femmes et les hommes, finalement, et l’on enchaîne avec la chanson suivante, se suivent à pas de loup. Enfin, où le mâle suit la femelle.
C’est Le Loup. Il compacte : je le laisse les clefs, tu peux me retrouver chez moi.
Là-haut, c’est encore autre chose, un appel d’air. Une quête d’oxygène. Et ce mot mystérieux : Landmannalaugar, à la poésie toute en murmure. On y reviendra.
Voici Parle Moi, maintenant. Mais je parle déjà dit-elle, pendant que lui, à son monologue et ses vieilles photos, est en quête de recul. L’encre de ta bouche ne séchera pas. Rien ne bouge quand on est assis.
Enfin, on boucle la boucle avec Sentinelles. Laissons le temps passer dans le tunnel, nous éviterons le désert, restons devant en sentinelles.

Enfin l’écoute, ou plutôt les écoutes.
Il est préconisé, en effet, certains disques ne se dévoilent pas comme ça, d’écouter plusieurs fois cette atmosphère qui vous saisit, vous épate aussi, car derrière le dépouillement apparent de l’enrobage se niche un foisonnement de sons, de rythmes, d’effets que la guitare domine en maître, que la batterie frappe, généreusement, soutenue ou soutenant ici des claviers, là des percussions, plus loin des voix. Des voix paradoxes, omniprésentes et comme noyées par le son, d’où surgissent des syllabes, parfois en mode parlé.

L’ensemble est dense, toujours. Les morceaux vous chopent et vous déposent à la fin. Avec tact. De la bien belle ouvrage, que l’on sent patinée par le temps. Bossée jusqu’à l’os. Le laborieux dans ce qu’il a de séduisant, de noble, comme l’ouvrage de l’artisan, ou celui de l’ouvrier. Solitaire dans son atelier.

Mon tiercé gagnant ? Dans l’ordre Copenhague, Là-haut et Sentinelles. Musicalement, ça envoie du bois comme on dit dans les milieux forestiers. Les trois autres chansons ne sont pas en reste, bien sûr, puisque l’on a compris que rien ici n’était déposé au hasard ou au petit bonheur la chance. Et que la note de fin du disque ressemble bigrement à celle du début (et vice-versa).

Au final, un vrai disque de saison. Couleurs automnales. Septembre pour tout déclencher : Je me souviens très bien de ce mois de septembre, ce jour si loin, où la vie flambe. Et du temps qui passe. Bon an. Mal an. Sûr, plus qu’elle ne brûle, elle flambe, la vie, dans cet album qui gargouille joyeusement sous sa surface faussement austère et sa rigidité de constructions musicales qui ne sont qu’apparence puisqu’elles n’en laissent que mieux s’ébrouer les petits tels de jeunes chevreaux. Un disque d’automne comme une douce flambée dans une cheminée, le bois craque, les flammes dansent, les braises vibrent.

Solitaire mon cul, on a en vie de dire tant au final ce qui peut sembler être un choix ou une revendication est une sorte de couverture derrière laquelle on s’abrite pour mieux grouiller dans un monde lui-même grouillant. Et c’est là que surgit le fameux Landmannalaugar.
Littéralement traduit de l’islandais : Les bains chauds des gens du pays.
Touristiquement traduit de l’islandais : le paradis de la randonnée. Un massif.
Sous le volcan la lave. Sous la lave le soufre. Il nous promène en solidaire. Vers Copenhague. A pas de loup. Là-haut. Pendant qu’on parle. En sentinelle.

Pour se procurer l’album : solitaire.projet67@gmail.com

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