Gambadent les baluchons

Il arrive / Que dans une même journée / Les émotions / Les ressentis et les neurones / étalent le temps comme un beurre moelleux sur la tartine dorée / La pâte s’allonge langoureusement comme sur un canapé et nappe les moindres aspérités/
Ces-jours-là/ L’on se nourrit/ L’on se grimace aussi/ Tout n’est pas aisé/Rien n’est totalement acquis.
Ces jours-là/Par le jeu des moi et des tu / Des je s’esquissent/ Le moi se recule/ Pêle-mêle / Ils se racontent / dans l’ordre croissant / La jeune fille qui arrive / Les moins jeunes et les plus vieux / qui s’installent / hésitent / patinent / patientent / s’agacent/ frétillent / La vieille personne qui s’en va/ Ce monde ils ne connaissent pas/ Ils ne le reconnaissent plus / C’est la même histoire/ Des humanités.
Ce jour-là/ il y a quelque chose de magique / D’unique/ Un instant où se mêlent les fragiles/De chacun/ Ombrelle/Hamac/Bise légère/Parapluie/ Paravent / Gambadent les baluchons / Ils me donnent envie de biser tous ces fronts.
C’est la guerre la vie/ C’est ainsi / Chacun la sienne / Chacun se bat / se débat / Fait au mieux / Souffrances qui se taisent / Pudiques / Ou qui s’affichent / verbales / ou non. Des yeux qui fuient / Des mains qui tremblent / Des ombres de sourires / Des voix qui baissent / D’un ton / D’un bémol.
C’est tous les âges de la vie / Ce jour-là / Comme une frise / Chronologique.
Je suis attendri. Surtout préserver / ne juger pas / ne répondre pas à des questions qui posées ne sont pas / Accueillir au nom du goût de soi/ Du goût des autres/ Humaines et Humains. Même veine / Mêmes peines / mêmes destins.
C’est une simple journée remplie des complexitudes de tous. Les bonnes / et les mauvaises / Comme des nouvelles / Qui s’écrivent / Se dandinent / Des bribes/ Loin des cris/ Des chuchotements, plutôt / Discrets / Des coeurs qui battent.

La maison [Good Friday]

C’est une maison qui s’arpente en général la nuit. Ou au petit matin. C’est une maison étonnante. Surprenante. Déroutante. On ne la voit pas. Ou peu. Elle semble surgir, en fait. Ou alors s’en qu’on s’en aperçoive on est dedans. On ne s’est pas aperçu qu’on y était entré. A d’autres moments, on y évolue, on en sort, on y revient.
Il n’y a que lorsqu’on est dedans que l’on sait que l’on est dedans.
De dehors, tout paraît éteint. La lumière ne tape pas là en tout cas.
De dedans, selon que c’est jour ou nuit, les pièces sont éclairées, par contre, et même curieusement lumineuses. Pas vraiment de plafonds, par exemple. Des murs, oui, au fond, sur les côtés. On ne la voit jamais vraiment d’en haut, ni même d’en bas quoi que parfois, un escalier colimaçon. Le ressenti toutefois ne trompe pas : elle ressemble à un dédale. Parfois à un labyrinthe. Cela dépend comme on est luné.
Très souvent, on y trouve des gens, plein de gens, des visages connus, certains d’ailleurs de ce monde ne sont plus ou alors il n’y a personne. Pas un chat.
On y a ses repères, ou l’on s’y perd, on tâtonne, mais toujours on la connaît, cette maison, ou plutôt, on la reconnaît. C’est elle, pas une autre.
Il y a de grandes pièces, des meubles, un jardin.
Il y a des tables et bien souvent des visages assis autour, ou des silhouettes qui déambulent. Des assiettes, des verres, des clopes, et la plupart du temps, pas de bruit. Rien qui ne s’entrechoque. Pas de bruits pas sur le plancher. Pas de verres qui trinquent. Pas d’éclats de voix. Pas de musique et pourtant il arrive que ça danse. Incontestablement, c’est une maison solidement gardée.
Les lèvres esquissent, du coup, et l’on lit les visages comme des bouquins. On y trouve selon les chapitres le bonheur, la tristesse, la peur, peut-être bien effet que là-bas, il y a des toiles d’araignées. Cela dépend des jours. Et des lunes.
C’est la maison qu’elle retrouve souvent, pas toutes les nuits, mais assez souvent tout de même. Elle s’étonne bien souvent : la maison change facilement d’adresse. Il lui arrive d’être en bord de mer, au milieu d’une forêt, ou même nulle part, comme déposée-là.
Elle a sa propre horloge, ses saisons.
C’est la maison. La maison de ses nuits. Sa maison.