Le connaissez-vous ?

Le connaissez-vous ce moment interstice et indicible qui se pose dans votre quotidien sans jour fixe quelles que soient les saisons et les heures ? Il arrive à pas veloutés, sans mots dire, il ne se cache pas, il est juste au frais quelques temps. Quelque part. Le temps qu’il vous faut. Le temps des dernières plages. Il est précédé d’un moment savoureux que vous pouvez ou non prolonger à l’envi, un instant qui se redoute et se déguste, un espace délicieux où tout se range et s’accélère avant que tout ralentisse et puis cesse.

Le connaissez-vous ce passage ? La connaissez-vous cette sensation ? Elle arrive pour dire clap de fin et en même temps applaudissements, et en même temps sourire, et en même temps bonheur simple de soi à soi.

Ce moment est celui du polar que l’on vient de terminer après s’être creusé les méninges et dont la fin nous surprend quand même, c’est celui du spectacle auquel l’on vient d’assister avec le mal aux mains des applaudissements et du brillant dans l’œil dans le ventre, c’est celui du film que l’on vient de regarder et qui nous a happé dans le noir de la salle dans le rouge des sièges et le bleu des écrans, c’est celui de la peinture qui nous a scotché de la photo qui nous aspire et nous inspire celui de l’arbre et de la fleur celui du paysage et de l’horizon de la nuit et du jour d’une brume et d’un chant d’oiseau.

Vous le reconnaissez maintenant cet instant si particulier où le maintenant est tout simplement parfait nourri de ce que l’on vient de vivre et promesse de ce qui est à venir. Ce moment que l’on peut faire durer pour que flottent encore les effluves ou que l’on peut derechef aller chercher dans une autre oeuvre qui nous tend les bras qui nous attend jusqu’à ce que après nous prenions conscience que c’est nous qui l’attendions. Sans fébrilité. Avec la plus jolie des impatiences : celle qui est patiente.

Le connaissez vous ?

#Chanson – Catherine Watine

J’écoute Catherine Watine. C’est la première fois. J’ai découvert cette chanteuse par je ne sais quels biais numériques et cet après-midi, à l’heure de l’écoute, c’est une belle irruption. Dans mon panthéon. Il est sympa, mon panthéon. Je peux y faire place facilement à qui me touche. A qui m’en bouche un coin. Et pour le coup, ça le fait. Les âmes grises verront la pluie dans les souffrances mélancoliques. D’autres, les âmes bleues, une âme à partager. N’hésitez pas le plongeon.

J’ai acheté hier son album « Phos / A l’oblique ». C’est tout droit. Je l’écoute maintenant. Et ça serre la tripe à mesure que l’on avance dans l’album, comme une plongée. L’artiste est là, omniprésente, nous bascule là-dedans mais le fait joliment. Nous tient la main. J’aime celles et ceux qui nous plongent dans leur univers, qui ne nous y préparent pas, on les rejoint.

Ici, une voix de femme chuchote en permanence des mots Bleu. Les bleus de la vie, pour le dire gentiment. On perçoit que c’est bien sûr plus puissant que cela. Parfois c’est cru. C’est toujours élégant. De belles phrases font penser à la cueillette des mûres sauvages, vous savez, celle si goûtues de fin d’été qui perlent parfois de sang nos doigts aventuriers.
Donc c’est âpre et rugueux, Catherine Watine. Il pleut derrière les murs. La souffrance qui est sienne sait être nôtre et l’on se reconnaît. Evidemment. C’est digne. C’est debout. C’est en face.

Une forme de (fausse) langueur dit les valses à mille temps des sentiments, de l’amour qui sculpte nos existences surtout quand il est absent. Musique(s) au diapason. Parfois très discrète, comme un rimmel, une virgule. Parfois plus prenante, plus têtue, comme un râle qui s’extirpe, bras jaillissant d’un pull dans lequel on est entré sans facilité.

Le grain de voix fait penser à des yeux qui en ont beaucoup vu, trop, mais qui continuent, mieux, qui disent encore.
Catherine Ribeiro ne me semble pas loin. Barbara non plus.  Ce ne pourrait être que pensant. Que pesant. C’est enveloppant. C’est aimant. Nous sommes là, assis sur nos rochers à bascule, regardant l’horizon, ensemble, partageant nos sensations, nos émotions, c’est comme un bonheur de fuir.

Les âmes en peine ont la beauté féroce que la voix, les mots, la musique soulignent de traits cherchant la paix dans le vacarme furax de nos vies qui se font, se défont, s’en vont, s’en reviennent, se souviennent.

Cerise sur le gâteau : une artiste qui met café crème dans une chanson mérite un label Bleu ! Merci m’dame pour ce beau moment, près du feu de cheminée, des éclairages indirects partout dans la maison distillant des lueurs secrètes. C’était une belle invitation. C’en est toujours une.

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Disque disponible sur l’excellente plateforme Bandcamp ici : https://watine.bandcamp.com/album/phos-a-loblique

Retrouvez l’artiste sur les réseaux sociaux : https://www.facebook.com/catherine.watine

Sur internet ici : https://www.watineprod.com/

L’art, c’est pas (toujours) du commerce, c’est de l’amour

Une amie artiste musicienne vient de sortir son premier album. A travers elle, je souhaite ici saluer toutes celles et ceux qui s’accrochent avec les dents et le coeur pour nous offrir en partage ce qu’ils sont. Ce n’est pas donné à tout le monde. Ce n’est pas cher payé. Ode aux artistes de l’ombre qui loin des vibrations de l’écume des écrans et des réseaux sèment des pépites en nous disant : je suis vivant. La main tendue. Nous disant : et toi ? Moi ? Bordel, achetez-les ces disques ! Allez-y à leurs concerts ! Et si je pense musique, cela vaut pour tous les autres. Comédiens, danseurs, cinéastes, peintres, photographes, écrivains. C’est pas (toujours) du commerce. C’est (souvent) de l’amour.

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Du Celte dans le Doubs

Pierrefontaine-les-Varans. Dans le 25. Façade est de la France. C’est là qu’on tombe sur un festival qui force le respect. Bonne humeur et très pro : le coup est parfait. Nous sommes de la soirée du 25 octobre des Celtivales avec trois concerts au menu : Fergessen, un groupe à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas. La Rue Ketanou, qu’on ne présente plus et qu’on trouve et retrouve avec le plaisir du collectif qui enveloppe. Et Celkilt, qu’on découvre, du bon rock celtique déjanté, qui cogne et sautille à la fois, idéal en fin de soirée. Bravo la prog !

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You Sun Nah / Moments magiques

En vieux français, Opéra n’est ni un navigateur internet, ni un théâtre où l’on joue des pièces d’opéra, ni même un gâteau aux chocolats. C’est une chose difficile à réaliser ; une œuvre admirable un chef d’œuvre. Pour le coup, la chanteuse You Sun Nah à l’Opéra de Lorraine, dans le cadre du Nancy Jazz Pulsations, ça relevait de cela, tant la petite grande Dame à la voix incroyable et pluriel a su chambouler et tournebouler les travées pleines à craquer de l’écrin. En vérité, et une voix off nous le dit en préambule, on est monté à bord d’un avion. On air. comme si l’on avait embarqué dans un avion, avec voix off qui nous souhaite un bon voyage.

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Seer, êtes-vous là ? Yes seer !

Seer est le premier album d’un trio rock du Poitou, Birdstone. Un album oxymore. Rock, blues, métal : ils viennent nous chercher, nous embarquent dans leur zeppelin de granit qui vole comme un oiseau de pierre. Elégant toujours. Sept morceaux (évidemment) très construits qui raisonnent et semblent nous inviter à regarder au loin. Plus loin que le bout de nos pieds. Plus haut que le bout de nos ailes.

On ne sait pas. C’est comme on veut. On est avant la fin du monde, ou juste après. Ou pendant. On s’en fout, en fait.
Les voilà, ils arrivent, on les aperçoit au loin sur la colline et ils marchent, d’un pas sûr. Ils chantent. Et nous avec. Ils gueulent. On fredonne. Complainte, cri de ralliement, chant guerrier ? La mélopée lancine et lanterne : la douceur le dispute au rauque, la lenteur à la puissance. On déboule en fait dans un authentique album concept, album oxymore, qui déroute à mesure qu’il envoûte.
Les morceaux n’ont pas peur des cinq, six, sept minutes pour ne pas dire neuf et là-dedans, on est brinquebalé, paf ça s’accélère on trépigne du pied, pif ça ralentit d’un coup, pof ça repart à gauche, poum à droite. Quelle richesse !
Guitares, basse, voix, batterie sont impeccables du début à la fin, ces jeunes en ont sous le pied et dans les mains et dans les yeux aussi.
Le premier album de Birdstone, trio rock made in France qui chante tout en anglais est un savant dosage de rock, de blues, de métal, de mystique que les compères nous balancent à la tronche sans esquives.
Ils ne laissent ni de marbre, ni de bois.
L’oiseau de pierre picore le granit avec l’aisance du tire d’aile.
Un premier album solide comme un bloc, aux sept pistes sacrément charpentées, regorgeant de pépites nichées dans des compositions complexes et déroutantes, elles manient en permanence le chaud et le froid, le doux et le grinçant, le sombre et la lueur.
Du coup, « Seer », le titre de l’album, qui est aussi celui du premier morceau, est une sorte d’album non identifié qui dit la créativité et la déjà liberté que le trio s’offre en auto-produisant la production et en peaufinant ce qui sera partagé sur scène.
Car c’est évident : Birdstone, c’est un groupe de scène qu’il faut aller voir s’ils passent près de chez vous ! Voilà deux gars et une filles, trois potes qui se sont inventés un langage et nous le proposent en partage.
Direction un doux déluge et de rugueuses balades, les voix flottants parfois sous la couche de décibels, parfois dessus, oiseaux de pierre, pierres à oiseaux.
Après Seer qui vient nous chercher et nous invite à leur emboiter le pas, voici Salazar qui semble tonner comme une messe donnée en plein air. Puis Exodus nous emporte vers des demains résolus. Ritual, comme le dit son nom, s’invite à mi-parcours, comme on tisse un lien invisible et ténu dans le fragile chapelet des morceaux qui s’envoient en l’air. Beast claque sa race avant que Crows ne nous fasse croire deux secondes que l’on allait siroter une tisane.
Le son est classieux de A à Z et même de moins à plus l’infini, que de maîtrise déjà chez ces jeunes qui nous avaient mis l’eau à l’oreille avec leur premier EP.
Ils sont sortis de leur cage, doucement, à pied, un léger, un lourd, et c’est ainsi qu’ils avancent, conscients d’un monde à venir et d’un autre à disparaître, en quête de spiritualité, rassembleurs.
Sous le granit les oiseaux volent joyeusement.
Ce premier album est une magnifique première pierre délicieusement sculptée. Y’a du travail dans toutes ces compositions ! La première pierre d’un mur à construire brique par brique. C’est ainsi que l’on avance.

Plus sur le net : vous retrouvez @Birdstoneband un peu partout sur les réseaux sociaux. Et ici pour écouter puis acheter puis offrir l’album : https://birdstoneband.bandcamp.com#

Lové dans Lova Mi Amor, la musique est bonne

Découverte ravie du groupe de pop acoustique comme ils disent LOVA MI AMOR. Comme d’habitude, ne pas se fier aux apparences… Cerise sur le gâteau, en 1ère partie, LAETIS, une artiste électrique avec sa guitare acoustique. Une voix à la Janis Joplin. De l’humour à fleur de peau. Chaleur humaine à tous les étages ! Chouette ! 

On m’a raconté une anecdote. Je la leur souhaite.
Il y a quelques (dizaines d’) années, des irréductibles d’une MJC de Nancy avaient offert l’un des premiers premier concert à un certain Hubert-Félix Thiéfaine. 17 personnes étaient venues. On connaît la suite.
Ce samedi soir, toujours à Nancy, toujours dans une MJC de la ville, les Lova mi Amor se produisent pour la sortie de leur nouvel album. Mi majeur évidemment. Contrastes aussi. On dirait l’histoire d’une rencontre additionnée de musiciens d’univers différents qui se retrouvent pour inventer un univers singulier. De fait, on se retrouve assez vite dans cet univers qui parle à tous puisque chacun peut y trouver son bout de gras.
Je suis allé à la soirée sans me douter de rien, car une mienne connaissance joue dans le groupe. Eh ben quelle belle surprise les amis ! Mieux que belle ! Quel plaisir !
Pourtant… Scène exigüe, son moyen, éclairages minimalistes, fond de scène absent : on n’est pas dans l’apparat. On craint un instant la bricole. Mais es gaillards en ont sous la pédale et très vite, on comprend que ça va rentrer dans la rubrique des pépites à absolument faire connaître, partager, encourager à sortir du bois où les gaillards s’étaient retranchés pour mieux revenir.
La musique chaude et soyeuse du groupe (quintet au départ, puis six, puis sept, puis huit) enveloppe très vite le public vite conquis. Quelque chose se passe en ces temps de frimas jaunes.
La connivence entre eux se transmet. On sourit comme on sourit, quand,  assis sur une plage, on se laisse innonder par le soleil sous le doux clapotis de l’eau qui vient se languir à nos pieds.
Le partage, l’échange, le collectif s’accordent bien.
En fait, c’est une vague de chaleur qui déferle, timidement au début, de plus en plus énergiquement ensuite.
Contrebasse qui envoie du bois, cuivres et même thérémine qui volutent à tire-larigot, guitares impeccables, ukulélé, Charango qui promènent le guilleret comme un gentil toutou en laisse, le tout charpenté par la voix grave et soyeuse du chanteur, secondé par des choeurs bien posés : on se dandine, on déguste, on approuve.
Le groupe se brocarde pop accoustique. On a envie de rajouter un mot qui dirait le latin, ou l’Amérique du sud.  
Posées sur des solides bases à cordes, les chansons prennent du souffle avec des cuivres qui s’y mettent à beaucoup par moments pour nous faire taper du pied. Envies de pastèques.
Trompette, saxo, clarinette, flûte. Quel beau ménage !
L’ensemble est chaleureux, les musiciens expérimentés, encore un groupe, se dit-on, qui ne demande qu’à éclore et à vivre, tourner, se produire. 
Juste avant eux, l’insaisissable Laetis, chanteuse solo avec sa guitare. Acoustique. C’est la nana qui est électrique. Son chant vient de loin, et si en Français, la carte est celle de l’humour, en anglais, on part dans les tréfonds de l’âme, l’on sent le rauque’n’roll qui coule en partant du ventre, et l’on se dit que l’énergique dame, en groupe rock ou blues, ça doit ôter les toiles d’arraignées des murs et des plafonds !
Comme souvent, on dit bravo en pensant merci. Alors bravo !

Plus sur le net
– Laetis, à voir sur Facebook (laetisApeine46)
Lova Mi Amor 

HF Thiéfaine, un 10 novembre à Dijon. Au zénith.

A bien y réfléchir, ce n’était pas de la nostalgie. Non. C’eût pu.
HF Thiéfaine, 2018, 40 ans de chansons, un concert largement puisé dans le vieux répertoire (mais l’on sait que toute oeuvre est éternelle donc hors du temps)…
Oui, c’eût pu.
Mais ce ne fut. Pour certains d’ailleurs ce fût.

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