Cap Spartel

Ben, maintenant qu’il est là, fallait bien aller quelque part. Alors après quelques ruelles et quelques serpents de bitume puis de caillasses, ce fut la plage. Les pancartes avaient prévenu : Cap Spartel. Un nom qui claque bien, surtout avec ce vent. Il a tourné le dos à la mer, Auaati de Hanaa Ouassim entre les oreilles, Léonie Pernet aussi, normal, elles ont fait le morceau ensemble, mille versions peut-être, dix, disons, parce qu’en musique on peut à l’infini réinventer sans cesse de nouvelles chansons, les enrichir, ou les noyer dans la masse, plaire à des publics différents, a priori incompatibles, pas amenés à se rencontrer. Ils n’ont pas les mêmes feux de bois.

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La maison [Good Friday]

C’est une maison qui s’arpente en général la nuit. Ou au petit matin. C’est une maison étonnante. Surprenante. Déroutante. On ne la voit pas. Ou peu. Elle semble surgir, en fait. Ou alors s’en qu’on s’en aperçoive on est dedans. On ne s’est pas aperçu qu’on y était entré. A d’autres moments, on y évolue, on en sort, on y revient.
Il n’y a que lorsqu’on est dedans que l’on sait que l’on est dedans.
De dehors, tout paraît éteint. La lumière ne tape pas là en tout cas.
De dedans, selon que c’est jour ou nuit, les pièces sont éclairées, par contre, et même curieusement lumineuses. Pas vraiment de plafonds, par exemple. Des murs, oui, au fond, sur les côtés. On ne la voit jamais vraiment d’en haut, ni même d’en bas quoi que parfois, un escalier colimaçon. Le ressenti toutefois ne trompe pas : elle ressemble à un dédale. Parfois à un labyrinthe. Cela dépend comme on est luné.
Très souvent, on y trouve des gens, plein de gens, des visages connus, certains d’ailleurs de ce monde ne sont plus ou alors il n’y a personne. Pas un chat.
On y a ses repères, ou l’on s’y perd, on tâtonne, mais toujours on la connaît, cette maison, ou plutôt, on la reconnaît. C’est elle, pas une autre.
Il y a de grandes pièces, des meubles, un jardin.
Il y a des tables et bien souvent des visages assis autour, ou des silhouettes qui déambulent. Des assiettes, des verres, des clopes, et la plupart du temps, pas de bruit. Rien qui ne s’entrechoque. Pas de bruits pas sur le plancher. Pas de verres qui trinquent. Pas d’éclats de voix. Pas de musique et pourtant il arrive que ça danse. Incontestablement, c’est une maison solidement gardée.
Les lèvres esquissent, du coup, et l’on lit les visages comme des bouquins. On y trouve selon les chapitres le bonheur, la tristesse, la peur, peut-être bien effet que là-bas, il y a des toiles d’araignées. Cela dépend des jours. Et des lunes.
C’est la maison qu’elle retrouve souvent, pas toutes les nuits, mais assez souvent tout de même. Elle s’étonne bien souvent : la maison change facilement d’adresse. Il lui arrive d’être en bord de mer, au milieu d’une forêt, ou même nulle part, comme déposée-là.
Elle a sa propre horloge, ses saisons.
C’est la maison. La maison de ses nuits. Sa maison.