Sous nos yeux qui se taisent des armées muettes ne rendent pas les armes

J’ai eu la chance de voir dans le cadre de mon boulot sur grand écran le film « A tes côtés ». Ce film mérite d’être connu. Pour l’instant, c’est un outil professionnel. Mais qui sait… Il mérite tellement une audience plus large ! Pour vous faire une idée, vous trouverez en fin de billet la bande annonce, et quelques liens internet.
C’est parti de lui. C’est à propos d’eux. Et de leurs parents. Et de leurs collègues.
Eux, ce sont des mômes de France, que la société a décidé de protéger. Essaie. Bien, mal : ce n’est, ici, pas le propos.
Car eux, ce sont aussi les éducateurs et les éducatrices qui travaillent au quotidien pour, on dirait, colmater les fissures qui fissurent de toute façon. Ils en chient. Ils en souffrent. Et c’est au fond aussi ce qui les relient à ces parents à ces jeunes. Qui en chient. Qui en souffrent. Souffrance(s) mais pas sous France.

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Le petit et le grand

C’est la récré, en ce jour de rentrée dans le grand collège pour les petits sixièmes. Les dégourdis cavalent et crient, libèrent de l’énergie, effacent peut-être les appréhensions de la rentrée, où, tout simplement, sont à l’aise déjà. Ce n’est pas le cas de tous.
Par exemple lui. Il est petit, ce garçon tout en blond. Il se tient dans un coin de la cour, vision panoramique. Il est comme réfugié là. Seul. Tout seul. Si seul à côté de celles et ceux qui cavalent et qui crient. Si petit.
Par exemple bis, lui. Il est grand, ce garçon tout en brun. Dépasse d’une tête au moins tout le monde. Lui, il se tient dans un autre coin de la cour. Il scrute pendant que les autres en bandes cavalent et crient.
Comme le petit, le grand et seul. Ils affichent l’air digne et vaguement triste qu’affichent celles et ceux qui, un jour, dans l’inconnu se trouvent plongés.
Ils sont seuls, l’un et l’autre. Le petit porte comme il peut son chagrin, ou sa peur, ou sa solitude soudain tombée si peu de temps après les vacances. Il regarde à la manière dont on ne voit rien, ou dont on ne veut pas voir. Il serait drone, à peine il verrait sa silhouette pendant que les autres, en bandes, courent et crient.
Et donc il ne voit pas le grand qui, lui, a vu le petit et s’approche doucement. Lentement. Pas prédateur. Échalas dégingandé tout entier à son désir de se sentir moins seul, pendant que les autres, en bandes, jouent et crient.
Le grand rejoint le poste de garde du petit. Calmement, il s’assoit  à côté de son compagnon d’infortune. Il ne se passe rien au début, puis quelques mots s’échangent, puis les regards suivent et d’autres mots arrivent. Ils ne sont soudain plus seuls, ni l’un ni l’autre.
Et quand sonne la sirène disant on rentre en classe, l’un et l’autre se lèvent. Ils marchent. Côte à côté. Ensemble. Pendant que les autres, en bandes , viennent se garer à leur tour. Ce qui a changé ? Ils sourient. Rentrée.