C’était ça, le cap

Rendez-vous pris. Rendez-vous raté. Les promesses devraient n’engager que ceux qui les font, nous savons qu’aujourd’hui, elles n’engagent que ceux qui les croient.
Ce jeudi 25 avril, à l’heure des embouteillages ou du thé, le rendez-vous a a de nouveau pris les accents d’une salle de classe où l’on nous donnerait un cours. Décidément, chez ces gens-là, on n’est jamais vraiment parti de l’école. On reste en glace. Dans le rôle du prof, le Président. Dans celui des élèves sages, les médias. Devant, des ministres dont la caméra est briefée pour ne saisir aucune réaction. Ils sont donc tous restés dans leur remugle habituel. On a habillé de quatre pans le catalogue censé calmer les foules, mis des grands mots dessus, de beaux mots parfois, pensé à tout le monde, penser à récupérer chacun surtout, comme on plonge une épuisette dans l’amer, pour ferrer le poisson. Je pense qu’au final, ne se parlant qu’à eux-mêmes, ils n’ont parlé à personne. L’audimat a sûrement été excellent.

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La lente agonie de l’édelweiss

Au loin, ce qui semble être un joli caillou. Il est destination. Trompeuse.
C’est loin en fait. Petit devient grand. Puis très grand. Puis immense.
Il fait soleil, ciel bleu et les godasses trébuchent dans le fatras de roches dévalées pendant que là-haut, c’est neige. C’est blanc. Des sillons ruisselants percent la masse. Grise la glace.
A mesure qu’il approche, le caillou devient rocher et près de lui, des chiffres sont peints. On les suit à mesure qu’on grimpe, à mesure que le silence s’installe, à mesure que même le vent semble s’apaiser, s’endormir, havre sournois cependant, car l’on sent bien sous la semelle qu’un rien peu fendre la ramure, qu’un ploc de plus peut décimer l’endroit.
Et vous avec.
En quête de l’edelweiss qu’il ne débusquera finalement pas – mais où en trouve-t-on au juste ? – le poète s’imagine des adolescents s’aventurant dans l’immense, reculant chaque année un peu plus leurs limites et la symbolisant avec les 4 chiffres qui font dates. L’écriture est nette. Résolue. Impérieuse.
On pourrait y deviner des visages radieux, des bras vainqueurs, des baisers.
A mesure de la grimpe, l’effort du souffle et les oreilles qui sifflent l’oeil rivé sur le sol, le poète inspiré ne se raconte pas la bonne histoire.
C’est au retour, quand se décide la fin de l’épopée du jour, quand un autre caillou, plus loin, s’est révélé être lui aussi un énorme bout de montagne, quand la neige, éternelle, vire du blanc au bleu, quand il s’agit alors de rebrousser chemin, que l’histoire se narre.
Brutale. Les dates sont bien des témoins. Mais d’un compte à rebours. Avec froideur, les chiffres disent qu’ici, en telle année, il y avait de la neige. Puis plus. Que l’année suivante, reculade encore. La langue blanche se retire. Plusieurs mètres par an. Le chercheur d’edelweiss a la vue qui se brouille, la mâchoire qui se serre.
Merde, se dit-il.
C’est l’agonie de l’edelweiss que j’ai arpenté.
La fonte des neiges. La fonte des glaces.
Il ramasse un petit éclat de roche. Un témoin. Pas un trophée, non : un rappel. Du respect infini dégagé par le géant. Et de la honte que portent les Hommes.

Une musique pour aller avec. Pike, Atlanter. C’est celle que j’ai écoutée en m’en repartant ce jour-là.

Le mégot de Nicolas Hulot

Le mégot par terre de Nicolas Hulot m’a fait sourire. Doublement. Pare que c’est l’argument facile. L’exemple flop. Et parce qu’il a rencontré écho chez celles et ceux qui prennent les raccourcis des idées courbes et militent pour la prise de conscience verte , comme si cette religion du fardeau n’était qu’une copie de temps anciens où l’on finissait par porter sa croix en rêvant d’un paradis. J’ai soudain un doute sur mon comme si mais passons.
Le mégot par terre de Nicolas Hulot, comprenez sa phrase prononcée lors de son émouvante et nécessaire démission du ministère de l’écologie, lisez « comment voulez-vous que… on en est encore à jeter nos mégots par terre« , a dit beaucoup des intransigeances du moment et des masques de pacotille.
Une fois de plus, l’impuissance d’en haut (façade ?) tape le couillon d’en bas. Je jette mes mégots. Hulot a démissionné. Merde alors. Depuis des décennies et des décennies, mon bulletin de vote en est témoin, je ne cesse justement de donner mandat pour agir à échelle plus dévastatrice. Au choix : nationale, européenne, mondiale pendant que je trie mes poubelles absurdes, retournant inlassablement à l’envoyeur ce qu’on m’a donné sans que j’ai rien demandé, genre emballages d’emballages emballés etc.
Le citoyen a bon dos et quand il est fumeur, il a une merveilleuse tête à claques.
C’est parfait quand les chasses aux sorcières et aux sorciers se multiplient, se débitent en tranches sur les réseaux sociaux et les médias, une cause par personne si ce n’est plus.
Sur mon lieu de travail, je jette mes mégots par terre. Ma gêne va juste vers ce pauvre type payé au lance-pierre que j’oblige, avec d’autres collègues, à ramasser les mégots par terre jetés.
Pour le reste, et uniquement sur ce lieu, le jet de mégot est un acte citoyen. Eh oui.
Cela ne m’a nullement dérangé quand enfin le tabac fut interdit des lieux publics.
Cela m’a un plus dérangé quand on a confiné les fumeurs dans une sorte de cagette de bois pompeusement inaugurée et appelée espace fumeur. Aux quatre vents, dans les effluves de la cantine, le lieu n’a rien d’un refuge, on dirait plutôt une cible.
Et cela m’a encore plus dérangé quand mon employeur a carrément viré les cendriers des autres endroits du vaste bâtiment, se disant comme ça ils iront fumer dans la cagette. Alors oui Monsieur Hulot, je jette mon mégot par terre.
Avec ma bonne gueule de citoyen qui sait comme tous mes polluants sont richement récupérés par les fonds publics. Car en plus je roule dans une voiture diesel. Je mange de la viande. Bref, je suis un délinquant.
J’ai été sensible à votre impuissance. C’est de cela dont nous devrions parler.

A lire en plus et merci pour la photo ce billet : la vie d’un mégot de cigarette.