Rendons à César(s)

La vidéo ci-dessus, mesdames et messieurs, est l’oeuvre de mon fils. Et le bonheur lui est tombé dessus tout à l’heure, en ce mardi 3 mars 2020, sous la forme d’un courriel lui annonçant, je cite : vous avez gagné le premier prix à notre concours. Bim !
Le prix est attribué… par une école de cinéma.
Autant dire que le bonheur d’un fils se mue fissa en fierté d’un père.
Je lui remets donc le César du meilleur film, du meilleur scénario, et de la meilleure musique, puisque tant qu’à faire, c’est lui qui l’a réalisée. Sam J a du talent et pendant qu’il passe le bac blanc ce prix inattendu vaut encouragement +++.
Du coup, pas trop envie de m’arrêter là.
Comme on dit, un bonheur ne vient jamais seul.
Alors en ces temps moroses où ça tape à tout va, où la France ressemble plus que jamais à un vaste merdier, et un peu le monde aussi, où ça tangue et ça grogne, sur fonds de culpabilisations des foules tous azimuts, je me suis dit, allez, go, faisons une remise des Césars. Sympa. Joyeuse. Fraternelle. Aimante. Bienveillante.
Ça changera de l’autre.
Une marche des fiertés, locales. En forme d’énergie renouvelable. En hommage non au cinéma de la vie mais à la vie qui ne fait pas son cinéma. Pour dire à celles et ceux que j’aime et celles et ceux qui me lisent que je les aime. Les admire. Pour dire, aussi : finalement non, ne soyons pas désinvoltes, ce temps là est révolu, ayons l’air de quelque chose, nous le valons bien. Créons de la vie à notre échelle, et cela essaimera. Je reste un indécrottable de cette idée : il n’y a pas de mal à se faire du lien, au contraire et je pense que pour niquer ces doigts qui montrent sans cesse la haine, le ce qui va pas, la peur, le parapluie, le type qui tousse, celui qui a un masque, ces « puissants  » qui se branlent devant des téléphones j’en passe et des plus glauques, le mieux est d’ouvrir un îlot des fiertés.
Je commence ici, libre à vous bien sûr de saisir la chaîne là où bon vos semble !

Sculpture : J-No.

César du meilleur scénario mais il fallait se le cogner à ma compagne, Anne Houot. Elle saura pourquoi. J’ajoute les deux ans et demi qu’elle a passé à se bagarrer pour obtenir un diplôme dans des conditions parfois ubuesques tout en construisant à la demande de son employeur… la fin de sa mission. C’est-à-dire : madame, organisez s’il vous plaît votre licenciement. Ce qui fut fait. Et hop, 15 ans quasiment passés à la moulinette. Respire ma chère. Respire. Prend ce César. Il t’appartient.

César de la meilleure musique à mes amis dont je ne cesse d’être fier lorsque j’écoute et touché lorsque l’on se voit, j’ai nommé Lise Baudouin au piano, Michaella, David, Basile et Toche au chant et à la guitare, Lise et Julie Garnier au trombone, à la flûte et autres objets sonores, Olivier Tuaillon à la trompette. Vous êtes merveilleux de constance dans l’effort, de générosité dans le regard, de force devant les obstacles. Je bise au passage vos collègues qui me font bonheur lorsque je les écoute, les vois en concert, la liste serait trop longue…

César du meilleur décor à l’ami Jean-No, frère de vie, dont le talent à savoir être présent là et quand il faut est une immense richesse dont se nourrissent les sculptures de métal dont il nous gratifie, d’exploits en exploits, au risque qu’on ne se rende plus compte que le miracle a lieu à chaque fois, comme si c’était évident, comme si c’était facile. C’est balèze l’ami, et je sais que ce César, au nom si évocateur, saura te plaire, peut-être même t’émouvoir. C’est mérité.

César de la plus belle photo et prix d’encouragement à Arnaud Martin, autre artiste qui se bat à commencer contre lui-même mais pour lui-même, le chemin est fastidieux, la récolte sera belle. Il n’est jamais évident de sortir de sa zone de « confort » et je sais les pas à la galoche lourde qui s’accomplissent dans l’invisible des jours noyés dans les quotidiens. Tu vas y arriver. Car ce chemin est beau quand il sentinelle sur fond noir et blanc. Cela vaut aussi pour toi, Vincent H., à qui je souhaite de belles images le soir au coucher et le matin au réveil, non des rêves, non des souvenirs, mais des réalités, des projets. Elles diront l’âpre indicible qui se niche sous nos semelles et la beauté tenace de ce qui nous fait aller vers nos enfants avec dignité. C’est l’essentiel.

César du meilleur premier second rôle masculin à mon frère Frédéric, modeste héros trop modeste parfois, dont l’énergie rageuse lorsqu’il a fallu accompagner nos parents vers l’autre côté de la rive a été magnifique de volonté et de courage. Je sais là aussi les pas qu’il a fallu faire, je sais aussi les pas que d’autres n’ont pas fait, et cela donne une valeur toute première à ce césar que je te rends volontiers.

César du meilleur accessoire à celui qui sera assurément la plus surprenante et la plus joyeuse des rencontres 2019 – 2020 à Régis B. qui se reconnaîtra. Nos chemins improbables se sont rejoints autour d’un camion bâché et je suis heureux de tout ce que nous avons eu le privilège de vivre ces derniers mois, de ce qui a germé par-delà les mots, souvent. Tu es une belle personne, l’ami, un bien précieux et je te souhaite tout le meilleur pour tes cinquante prochaines années. Un travail d’orfèvre.

Pour finir, pas de cérémonie sans un hommage à celles et ceux qui nous ont quittés en 2019. Ce billet est donc dédié à Monique T, à ma mère et à mon père. Et avec eux à ces femmes et ces hommes, bien vivants, qui oeuvrent au quotidien : les infirmières, les médecins de campagne, les aides à domicile, les aides soignantes, les bénévoles qui célèbrent des obsèques, prenant tous le temps de l’humain malgré tout. Un luxe de nos jours mais vous savez quoi ? C’est nous qui avons raison.

Et dans ce nous, je mets celles et ceux que je n’ai pas cité : Francis B., Véronique S., Jean-Marie et Hélène G., Fred, Fred(e), Catherine W., Rodolphe Burger, Céline N., Fanny H, Karine L., Yann B et Yann L, Daniel L, Jean-Pierre T, Emmanuelle Munier, Michel Mazelin, Gilliane, Pascaline, Charlotte, Odile, Olivier J, Jacques et Annette, Max, Mimie et Toche, on va niquer la saloperie promis, Basile, Jérôme, Jean-Marc H, et toutes celles et ceux qui, dignes, avancent dans ce monde comme ils le peuvent. Contrairement aux vautrés dans le mépris crasse, connectés ou pas de tous poils et de toutes obédiences, au verbe si acide et aux regards si fuyants. Ils ne construisent rien.


Collector

Quelque chose est passé. Comme le liquide de l’intraveineuse. De corps à corps. D’âme à âme. De cœur à cœur.
La maison vide ne l’est pas, ne le sera pas, et je lui souhaite volontiers un nouveau destin. Bientôt. Il est presque temps de passer le relais, ce que la masure a toujours su faire depuis son bord de route, traversant les âges, se reconstruisant après-guerre, se rénovant fin des années 1970.
Une maison tend-elle les bras, du haut de ses tuiles ? Il me plaît de le croire. De le projeter. Car nous n’en sommes (heureusement) pas (encore) là.

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Gambadent les baluchons

Il arrive / Que dans une même journée / Les émotions / Les ressentis et les neurones / étalent le temps comme un beurre moelleux sur la tartine dorée / La pâte s’allonge langoureusement comme sur un canapé et nappe les moindres aspérités/
Ces-jours-là/ L’on se nourrit/ L’on se grimace aussi/ Tout n’est pas aisé/Rien n’est totalement acquis.
Ces jours-là/Par le jeu des moi et des tu / Des je s’esquissent/ Le moi se recule/ Pêle-mêle / Ils se racontent / dans l’ordre croissant / La jeune fille qui arrive / Les moins jeunes et les plus vieux / qui s’installent / hésitent / patinent / patientent / s’agacent/ frétillent / La vieille personne qui s’en va/ Ce monde ils ne connaissent pas/ Ils ne le reconnaissent plus / C’est la même histoire/ Des humanités.
Ce jour-là/ il y a quelque chose de magique / D’unique/ Un instant où se mêlent les fragiles/De chacun/ Ombrelle/Hamac/Bise légère/Parapluie/ Paravent / Gambadent les baluchons / Ils me donnent envie de biser tous ces fronts.
C’est la guerre la vie/ C’est ainsi / Chacun la sienne / Chacun se bat / se débat / Fait au mieux / Souffrances qui se taisent / Pudiques / Ou qui s’affichent / verbales / ou non. Des yeux qui fuient / Des mains qui tremblent / Des ombres de sourires / Des voix qui baissent / D’un ton / D’un bémol.
C’est tous les âges de la vie / Ce jour-là / Comme une frise / Chronologique.
Je suis attendri. Surtout préserver / ne juger pas / ne répondre pas à des questions qui posées ne sont pas / Accueillir au nom du goût de soi/ Du goût des autres/ Humaines et Humains. Même veine / Mêmes peines / mêmes destins.
C’est une simple journée remplie des complexitudes de tous. Les bonnes / et les mauvaises / Comme des nouvelles / Qui s’écrivent / Se dandinent / Des bribes/ Loin des cris/ Des chuchotements, plutôt / Discrets / Des coeurs qui battent.

Merci, un bien joli mot

Fête du Bleu 2019, Bilan.
Commençons par une ambiance sonore, une photo et une citation
.

Merci encore et encore pour cette parenthèse enchantée dans ce monde de brutes, de bruit et de fureur.
Michelle.

La fête du Bleu 2019 s’est tenue comme il se doit un 15 août en Lorraine. Elle a rassemblé une soixantaine d’âmes bien lunées.
Beaucoup se connaissaient et nombreux furent ceux qui vinrent et ne connaissaient personne, encore moins cette notion de « Bleu » qui interpelle, et qui en réalité ne cesse, édition après édition, d’irriguer le paysage.
La question fut posée, évidemment. Pourquoi Bleu ? C’est quoi Bleu ?
Le Bleu laisse des traces, on le sait, mais les traces de ce Bleu-là sont différentes. Il fait humainement chaud. Et cela étonne. Détonne. Le temps se pose sur le jardin. S’installe. Prend ses aises. Ici l’on épluche des patates pour les frites, là on prépare des salades, un feu prépare ses braises, des musiciens musiquent et des spectateurs tapent du pied, plus loin on papote, et l’observateur avisé notera ceci : peu à peu, quels que soient les quotidiens de chacun, les épreuves passées, du moment ou à venir, quelles que soient les actualités, les sourires débarquent, se posent, et deviennent un langage que même le coup de fil d’un voisin par le bruit agressé à la maréchaussée ne peut dézinguer. D’ailleurs même les policiers qui seraient bien restés s’en sont repartis en souriant. Bleu, quoi.
Tout cela pour dire qu’il existe ça et là dans nos quotidiens des îlots de bien être et qu’il ne faut pas les refuser. Au contraire. Il est bon de les créer, de les provoquer, de les organiser.
Oui, le Bleu a quelque chose d’une parenthèse enchantée.
Un monde dans l’univers. Un univers dans le fracas du monde. Une foi en l’être humain, pas celui qui gesticule et parade par écrans interposés, mais celui qui vit un quotidien, avec ses douceurs et ses enclumes, avec ses rêves et ses amertumes, une vie quoi, et qui, surtout, une fois l’an, s’offre une parenthèse en chantant, en dansant, en mangeant.
L’essentiel somme toute.
A la fin, c’est le mot merci qui a fleuri sur toutes les bouches et dans toutes les prunelles. De ces mercis que l’on peut s’adresser à soi-même bien que l’usage veut qu’on le destine aux autres.
Le Bleu, c’est en réalité la liberté que chacun s’accorde ce jour-là pour être lui-même.
Alors d’invité il devient acteur à part entière d’un moment qui, sans lui, n’aurait pas été le même.
Le Bleu ne se consomme pas. C’est sa magie. Il se multiplie. C’est sa force.
Il y a des fêtes qu’on nostalgise sitôt terminées dès que la glaise fait son retour et d’autres qu’on impatiente en attendant la prochaine fois. En se frottant d’envie les mains. Les yeux lavés. Le coeur chaud. Ca ne fait décidément aucun mal à se faire du lien.

Révélateurs #2019

Si le Bleu est en général ma couleur, et le demeure contre vents et marées, il s’est subrepticement teinté de jaune en pleine grisaille hivernale que quelques matins blancs n’ont pas déroutés plus que cela. Et l’on sait que Bleu + jaune = vert, ce qui me va bien, en ce moment si particulier où une année vient claquer au bord des rochers pendant qu’une autre se prépare en coulisses pour entrer en scène. Exit 2018, donc. Et bienvenue 2019.

L’air de rien, ce n’est pas tous les ans que l’on souhaite la bienvenue à l’année qui vient. Même si on le fait de manière rituelle sous forme parfois de rictus, jetant des cactus sous les pieds palmés de celles et ceux à qui au fond on ne souhaite rien mais que les convenances ont placés sous nos semelles.

Le jaune de 2018, donc, a pris la forme d’un gilet, de milliers de gilets, et si les effaceurs lacrymogènes s’essaient en faire disparaître les traces, forcés de l’ordre qu’ils sont, aussi, dans les esprits, la marque a pris aussi vite qu’une mayonnaise qui n’attendait probablement qu’à être tournée les ingrédients étant prêts.

Le vert, alors, qui sera celui de 2019 j’en fais le vœu. Celui de la transition écologique que je continue pour ma part à considérer comme un levier et une opportunité, non comme un fardeau. La transition, voilà un mot qui cause dans le Landerneau puisque si l’on desserre les pinces des étaux entres les extrêmes, il reste de l’espace pour franchir quelques paliers. Grandir un peu, si je puis dire. En humanité et en pragmatisme, ce que même les féroces utopistes comme moi savent manier sous leurs dehors idéalistes. Ils ont pris de la bouteille, les utopistes de mon crû. Ils raisonnent en générations. Ils savent que le chemin vaut bien mieux que l’arrivée à bon port. Mieux : ils savent qu’ils ne verront pas le port, eux, mais que ce seront s’ils ont bien œuvré leurs petits ou arrière-petits-enfants. L’esprit bâtisseurs de cathédrales, poser les premières pierres, élaborer les premières colonnes, pour que les suivants ajoutent leur obole, fassent monter l’édifice, et ainsi de suite.

Tout cela, c’est plutôt le Bleu qui me l’a appris.

Le jaune et le vert donnent du maintenant à ces vues qui furent longtemps de l’esprit, jamais démenties, toujours bottées en touche, un peu comme ce qu’expriment ces femmes et ces hommes non des ronds-points, car l’on tourne en boucle, mais des carrefours, là où l’on s’engage.

Ces femmes et ces hommes sont du quotidien. Ils se sont levés. Ils ont pris pleine tronche les ripostes. Ils sont restés debout. Parce que ces chez gens-là, on reste debout, quarante ans que ça dure, pensez donc…

En cette passerelle entre deux années, c’est leur côté révélateurs qu’il me plaît de souligner.

En quelques semaines, pas plus, pas moins, ils ont tout montré. Leurs visages sont apparus. Leurs parlés pas pareils avec. Leurs propos se sont incrustés. Et on a vu. Vu une France coupée en deux. Vu une Europe qui ne tient pas la route à force de trop tenir son chemin de la calculette. Vu des médias malmenants être malmenés. Vu des journalistes se trouver en pleine torpeur. Vu dans cette proximité soudaine les insoutenables distances qu’une république cinquième du nom, bâtie sur les valeurs d’un après-guerre solidaire, aurait dû préserver si les fourches caudines des petits hommes d’états et des technocrates ne l’avaient pas siphonnée comme on se repaît d’un plat dont on n’aura pas à payer le prix et dont même on n’aura pas à assumer les affres de la digestions. On a vu où étaient les responsables et où étaient les irresponsables. On a vu Paris et revu sa province. On a vu l’échec retentissant de ce qui aurait du être notre avenir et qui est déjà notre passé sans avoir pu se diluer dans l’eau de nos jours en effervescence.

Quoi qu’on dise, quel camp que l’on se choisisse, l’année 2018 a pris un coup de jaune dans le cornet et si l’on tente de ne nous en montrer que les inconvénients (violences, commerces qui souffrent, PIB qui baisse, croissance en berne), avec une promptitude à désigner soudain les coupables pendant que les 40 précédentes années on fermait sa gueule dans les alcôves où les mocassins glissent sur les moquettes épaisses le sourire condescendant dans l’attaché-case, je met du Bleu dans mes yeux pour en voir aussi les avantages. Voilà des gens qui reviennent en force dans le discours national. Et évidemment, ça ne plaît pas à tout le monde. Mais le propre d’une manifestation n’a jamais été, sauf erreur de ma part, de faire plaisir à tout le monde.

Et donc et j’en terminerai là on en revient au vert, celui de l’espérance on l’a compris, mais surtout celui du cap que nous tend les bras la planète que l’on a colonisée sans vergogne ayant inventer le fric en passant. La transition est là. Ecologique, énergétique, renouvelable. Vert d’avenir à moitié vide pour l’instant que nous serions bien inspirés, dès 2019, et plus fort encore les prochaines années, de remplir. Pour une raison simple. Les opportunités d’emploi, de pouvoir d’achat, de citoyenneté, d’humanité sont là et nulle part ailleurs.

Je pense précarité énergétique et je vois des milliers d’emplois dans le BTP.

Je pense mobilités et je vois des milliers de solutions adaptées aux territoires où l’on vit.

Je pense société et je vois des milliers d’emplois nouveaux.

Dans ma grande palette de couleur, je laisse même les profiteurs profiter, il y a de la place pour tout le monde.

La transition est là et il est bon de se souvenir qu’une transition est un passage. Un passage d’un état à autre. D’un âge à un autre. Qu’une transition est une mutation consécutive a un changement. Le fait de passer graduellement d’un état à autre.

Tout est bien sûr dans le graduellement.

Posons une première pierre en 2019. Ce sera déjà très bien. C’est ce que je nous souhaite collectivement et vous souhaite collectivement.

Après les guerres, visibles, il reste des ruines. 

Nos ruines sont invisibles. Mais sur des carrefours de France, des gens se mobilisent pour nous rappeler qu’elles sont visibles pour peu qu’on sache les voir.

Alors voyons. Voyons de quoi nous sommes capables.

Et beaucoup est dans ce nous. Un nous dont je mesure la fragilité autant que je mesure comme il a été fragilisé toutes ces dernières années.

Un nous monde et pas seulement un nous France.

Mais commençons déjà par le nous France. Nous pouvons agir. Et faire des choix. Ne pas voir uniquement à quoi nous renonçons et aussi ce vers quoi nous tendons.

Les révélateurs sont là.

Gérard Manset / A bord du Blossom – Férocement contemporain

La première écoute d’un album de musique est toujours un moment particulier.
Pour certains artistes, je fais le choix de m’y consacrer pleinement.
Parfois, comme ici, c’est même l’occasion d’un partage « en direct live ». Distiller de l’émotion. Du fond. Partager vers où l’écoute me mène. M’emmène.
Place à Gérard Manset, et l’album A bord du Blossom, qui vient de sortir et qui poursuit l’inlassable exploration d’une humanité coincée entre le jour et la nuit, le bien et le mal, les origines pures et les printemps corrompus.
On connaît la chanson ? Pas certain ! Le disque se présente comme une histoire qui nous est narrée, un voyage qu’on entreprend dans le sillage du Capitaine. A bord du Blossom. Vers des îles qui n’existent pas (quoique), d
ans une nature furieuse et espérante, une humanité en berne. Férocement contemporain. Toutes ressemblances avec des événements récents, en effet, ne relèvent pas du hasard ! Merci l’artiste de nous forcer un peu le destin.   

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J’ai vu ce matin une coccinelle

Alors j’ai porté le poids du monde. Au ras des pâquerettes. Tête bêche.
Je porte les regards morts de ceux qui fuient leurs pays et qui voient leurs épaules s’affaisser sous le poids de ceux qui font mine de les accueillir.
Je porte le regard bienveillant des différents que l’on ne veut pas voir et que l’on cache, sous des discours usés, sous des bâtiments colorés dedans et gris dehors.
Je claudique avec le boiteux et d’un pas guilleret nous cheminons.
J’embrasse l’enfant qui souffre et d’un sourire timide il me récompense.
Je porte le sac de provisions de l’ancien qui voit sa vie n’en finir par de durer et qui se rassure le frigo rempli. Je l’aide à trier ses médicaments pendant qu’il me regarde avec sa culpabilité de trou de la sécu et je croise les doigts pour que ses mains tremblantes ne se trompent pas de jour.
Je perds la boule avec celui qui s’en va pour de bon dans les contrées étranges de son esprit à la mémoire brisée et nous rions ensemble de ses facéties, et nous faisons attention à ses bouffées de violence.
Je tiens l’épaule de celui qui ne voit pas, j’écris des mots à celui qui n’entend pas et nous communiquons puisque nous mettons en commun. L’un m’apprend à voir. L’autre à écouter. J’accompagne celui qui s’en va en lui tenant la main. Les mots n’ont plus besoin de couler. Les larmes se sont asséchées.

Je porte la honte de tout ce que nous polluons pendant que j’admire le jardinier et sa lente besogne qui aime la terre.
Je porte nos assiettes salies de conservateurs et bourrées de sucres invisibles, je porte nos obsolescences programmées et nos frais bancaires en faisant mine de ne pas savoir que j’habite chez mon banquier et que mes achats sont ma dépendance à venir. Je papote avec la caissière. Je salue la voix qui me harcèle au téléphone avec l’air de s’excuser quand même.
Je porte nos illusions modernes qui disent en creux nos désillusions intimes. Ces feux de la rampe éphémères. Ces monceaux de vie exhibés qui enrichissent à coups de données volées par les marchands de viande. Ces vérités qui mentent comme des arracheurs de dents et ces agressions textuelles qui ne mentent pas sur leurs auteurs, qu’ils soient humains ou robots. Pareil.
J’ai vu ce matin une coccinelle. Un oiseau manger quelques miettes. Des chats nichés dans le sous-bois.

L’été / La pente douce / #Fergessen

L’été, ce sont 10 pistes et autant d’ambiances qui disent l’énergie à venir. Ce sont des centaines de pépites sonores qui regorgent de possibles, comme des gouttes qui gambadent, un chœur, une voix, deux voix, un riff, un son, un bruit, un rythme apaisé qui délivre soudain des tempos accélérés, des silences, une douceur, tensions d’hier pour l’été de maintenant, avec l’envie de réveiller nos énergies endormies comme une joie simple dont on devine l’âpreté et les tourments par lesquels elle a transité. L’été, c’est une plume qui secoue nos pensées avachies, sans incantation, sans le mors aux dents, plutôt avec le sourire du miel des connivences.

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