Bleu, le drapeau. Avec des étoiles dedans. Un bon début mieux qu’une fin

Tous les jours, on entend ça et là c’est la faute à l’Europe. On vote bientôt.
Quel vide abyssal ! Au point que l’on se demande : voter non pour qui (34 listes !!!) mais pourquoi ? Et pour quoi ? Voici mes réponses.

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C’était ça, le cap

Rendez-vous pris. Rendez-vous raté. Les promesses devraient n’engager que ceux qui les font, nous savons qu’aujourd’hui, elles n’engagent que ceux qui les croient.
Ce jeudi 25 avril, à l’heure des embouteillages ou du thé, le rendez-vous a a de nouveau pris les accents d’une salle de classe où l’on nous donnerait un cours. Décidément, chez ces gens-là, on n’est jamais vraiment parti de l’école. On reste en glace. Dans le rôle du prof, le Président. Dans celui des élèves sages, les médias. Devant, des ministres dont la caméra est briefée pour ne saisir aucune réaction. Ils sont donc tous restés dans leur remugle habituel. On a habillé de quatre pans le catalogue censé calmer les foules, mis des grands mots dessus, de beaux mots parfois, pensé à tout le monde, penser à récupérer chacun surtout, comme on plonge une épuisette dans l’amer, pour ferrer le poisson. Je pense qu’au final, ne se parlant qu’à eux-mêmes, ils n’ont parlé à personne. L’audimat a sûrement été excellent.

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Révélateurs #2019

Si le Bleu est en général ma couleur, et le demeure contre vents et marées, il s’est subrepticement teinté de jaune en pleine grisaille hivernale que quelques matins blancs n’ont pas déroutés plus que cela. Et l’on sait que Bleu + jaune = vert, ce qui me va bien, en ce moment si particulier où une année vient claquer au bord des rochers pendant qu’une autre se prépare en coulisses pour entrer en scène. Exit 2018, donc. Et bienvenue 2019.

L’air de rien, ce n’est pas tous les ans que l’on souhaite la bienvenue à l’année qui vient. Même si on le fait de manière rituelle sous forme parfois de rictus, jetant des cactus sous les pieds palmés de celles et ceux à qui au fond on ne souhaite rien mais que les convenances ont placés sous nos semelles.

Le jaune de 2018, donc, a pris la forme d’un gilet, de milliers de gilets, et si les effaceurs lacrymogènes s’essaient en faire disparaître les traces, forcés de l’ordre qu’ils sont, aussi, dans les esprits, la marque a pris aussi vite qu’une mayonnaise qui n’attendait probablement qu’à être tournée les ingrédients étant prêts.

Le vert, alors, qui sera celui de 2019 j’en fais le vœu. Celui de la transition écologique que je continue pour ma part à considérer comme un levier et une opportunité, non comme un fardeau. La transition, voilà un mot qui cause dans le Landerneau puisque si l’on desserre les pinces des étaux entres les extrêmes, il reste de l’espace pour franchir quelques paliers. Grandir un peu, si je puis dire. En humanité et en pragmatisme, ce que même les féroces utopistes comme moi savent manier sous leurs dehors idéalistes. Ils ont pris de la bouteille, les utopistes de mon crû. Ils raisonnent en générations. Ils savent que le chemin vaut bien mieux que l’arrivée à bon port. Mieux : ils savent qu’ils ne verront pas le port, eux, mais que ce seront s’ils ont bien œuvré leurs petits ou arrière-petits-enfants. L’esprit bâtisseurs de cathédrales, poser les premières pierres, élaborer les premières colonnes, pour que les suivants ajoutent leur obole, fassent monter l’édifice, et ainsi de suite.

Tout cela, c’est plutôt le Bleu qui me l’a appris.

Le jaune et le vert donnent du maintenant à ces vues qui furent longtemps de l’esprit, jamais démenties, toujours bottées en touche, un peu comme ce qu’expriment ces femmes et ces hommes non des ronds-points, car l’on tourne en boucle, mais des carrefours, là où l’on s’engage.

Ces femmes et ces hommes sont du quotidien. Ils se sont levés. Ils ont pris pleine tronche les ripostes. Ils sont restés debout. Parce que ces chez gens-là, on reste debout, quarante ans que ça dure, pensez donc…

En cette passerelle entre deux années, c’est leur côté révélateurs qu’il me plaît de souligner.

En quelques semaines, pas plus, pas moins, ils ont tout montré. Leurs visages sont apparus. Leurs parlés pas pareils avec. Leurs propos se sont incrustés. Et on a vu. Vu une France coupée en deux. Vu une Europe qui ne tient pas la route à force de trop tenir son chemin de la calculette. Vu des médias malmenants être malmenés. Vu des journalistes se trouver en pleine torpeur. Vu dans cette proximité soudaine les insoutenables distances qu’une république cinquième du nom, bâtie sur les valeurs d’un après-guerre solidaire, aurait dû préserver si les fourches caudines des petits hommes d’états et des technocrates ne l’avaient pas siphonnée comme on se repaît d’un plat dont on n’aura pas à payer le prix et dont même on n’aura pas à assumer les affres de la digestions. On a vu où étaient les responsables et où étaient les irresponsables. On a vu Paris et revu sa province. On a vu l’échec retentissant de ce qui aurait du être notre avenir et qui est déjà notre passé sans avoir pu se diluer dans l’eau de nos jours en effervescence.

Quoi qu’on dise, quel camp que l’on se choisisse, l’année 2018 a pris un coup de jaune dans le cornet et si l’on tente de ne nous en montrer que les inconvénients (violences, commerces qui souffrent, PIB qui baisse, croissance en berne), avec une promptitude à désigner soudain les coupables pendant que les 40 précédentes années on fermait sa gueule dans les alcôves où les mocassins glissent sur les moquettes épaisses le sourire condescendant dans l’attaché-case, je met du Bleu dans mes yeux pour en voir aussi les avantages. Voilà des gens qui reviennent en force dans le discours national. Et évidemment, ça ne plaît pas à tout le monde. Mais le propre d’une manifestation n’a jamais été, sauf erreur de ma part, de faire plaisir à tout le monde.

Et donc et j’en terminerai là on en revient au vert, celui de l’espérance on l’a compris, mais surtout celui du cap que nous tend les bras la planète que l’on a colonisée sans vergogne ayant inventer le fric en passant. La transition est là. Ecologique, énergétique, renouvelable. Vert d’avenir à moitié vide pour l’instant que nous serions bien inspirés, dès 2019, et plus fort encore les prochaines années, de remplir. Pour une raison simple. Les opportunités d’emploi, de pouvoir d’achat, de citoyenneté, d’humanité sont là et nulle part ailleurs.

Je pense précarité énergétique et je vois des milliers d’emplois dans le BTP.

Je pense mobilités et je vois des milliers de solutions adaptées aux territoires où l’on vit.

Je pense société et je vois des milliers d’emplois nouveaux.

Dans ma grande palette de couleur, je laisse même les profiteurs profiter, il y a de la place pour tout le monde.

La transition est là et il est bon de se souvenir qu’une transition est un passage. Un passage d’un état à autre. D’un âge à un autre. Qu’une transition est une mutation consécutive a un changement. Le fait de passer graduellement d’un état à autre.

Tout est bien sûr dans le graduellement.

Posons une première pierre en 2019. Ce sera déjà très bien. C’est ce que je nous souhaite collectivement et vous souhaite collectivement.

Après les guerres, visibles, il reste des ruines. 

Nos ruines sont invisibles. Mais sur des carrefours de France, des gens se mobilisent pour nous rappeler qu’elles sont visibles pour peu qu’on sache les voir.

Alors voyons. Voyons de quoi nous sommes capables.

Et beaucoup est dans ce nous. Un nous dont je mesure la fragilité autant que je mesure comme il a été fragilisé toutes ces dernières années.

Un nous monde et pas seulement un nous France.

Mais commençons déjà par le nous France. Nous pouvons agir. Et faire des choix. Ne pas voir uniquement à quoi nous renonçons et aussi ce vers quoi nous tendons.

Les révélateurs sont là.

Le jaune dans le coeur

Evidemment, la violence visible est plus facile à capter. On peut la filmer, la prendre en photo, voir des visages qui éructent, etc.
Mais qu’en est-il de la violence invisible ? On fait en ce moment le procès des casseurs, dérive malheureuse et à combattre des citoyens qui par ailleurs se soulèvent eux qui ne votent plus et qui ne croient plus en la rue, alors ils occupent les ronds-points, comme un symbole d’une société qui française qui tourne en rond, et qui à force, ne tourne plus rond. Procès donc. Faut voir comme on nous parle, chantait en précurseur Alain Souchon.
Et si on parlait des autres casseurs aussi ? De leur victimes, plutôt. Invisibles bien sûr.
Combien de « victimes », au-delà des gilets jaunes, dézinguées par leurs entreprises, leurs collectivités, leurs « chef-fe-s », leurs collègues, leurs familles ?

La violence de la société saccage combien de soldats inconnus sans que la mine grave, un président, ses CRS et les médias ne viennent prendre justement des mines graves pour bien nous montrer que c’est pas bien ?
Combien de gens ont sauté par des fenêtres sur leur lieu de travail, ont laissé le pot d’échappement dans leur garage, choisi la corde pour en finir ?
Combien de personnes tournent à coups de cachetons pour « tenir » avec l’absurde « trou de la sécu » pour en rajouter des couches si besoin ?
Combien d’agents hospitaliers, de travailleurs sociaux, de juges, de flics, de médecins, d’infirmières, d’aides à domicile, d’élus, de bénévoles, bref, combien de millions e gens qui se dévouent en France ont un gilet jaune dans le coeur ? Eux qui ont un mal fou à trouver du sens à leurs vies qui pourtant n’en manquent pas ? Combien de jeunes n’y arrivent pas ? Combien de plus de 60 ans n’y arrivent plus ?
Dignité vous dites ? Raisonnable vous dites ?
Indécence je trouve.
Le « peuple » mérite respect. Mais il ne vote plus… Alors il arpente les réseaux sociaux, s’occupe des ronds-points, bien plus patient qu’on ne veut nous le faire croire.
Les rois de la parole publique n’ont pas compris, je crois, que ces gens-là, nous autres, on n’en est plus à tendre les mains comme si elles ne servaient plus qu’à recueillir des aides ou des cadeaux fiscaux, ni à poser des questions, ni à attendre des réponses.
Depuis plus de 40 ans, la douce France s’est endormie et aujourd’hui, cette France se réveille. Et pour entonner le refrain de Véronique Sanson, 40 ans, c’est long c’est court. C’est pas mai 68 qui se profile en 2019 puisque ça ne rime pas. 1789 ça rime. Et si je ne souhaite pas que ça dégouline, le père que je suis et le fils que j’étais en a le sourire des espoirs.
Ces derniers temps, j’avais découvert une forme de honte d’être Français.
Une certaine fierté fait son retour sous mes paupières.
Sans préjuger de rien.
Je vois plein de dignités toutes ces dernières semaines.
Et ça fait du bien même si j’entends aussi, autour de moi, la peur qui s’invite.

Et les invisibles sont apparus avec leurs gilets jaunes

Le sociologue Pierre Rosanvallon parle de la France des Invisibles. Et les voilà qui soudain sortent des rues, envahissent les ronds-points, ralentissent et bloquent les autoroutes, les centres commerciaux.
En ce samedi de novembre, la colère sort dans la rue et prend la route. Seuls ceux qui ont le nez pincé pensent que ce n’est qu’une question de prix du carburant. Seuls les résignés pensent que ce moment inédit dans l’histoire de la France ne sert à rien (manifestations partout dans le pays sans syndicats, sans partis politiques à part quelques irrécupérables qui veulent récupérer, le tout via les réseaux sociaux) : les invisibles d’un coup sont devenus visibles porteurs d’un gilet jaune. 
Le coup de pompe (dans le cul) évoque un ruissellement par le bas que les cravates n’ont pas vu venir, et qui sitôt qu’ils l’ont vu venir, préfets sous les bras, médias bifuruqués, utilisent les vieilles ficelles, preuve que ce nouveau monde auoproclamé est à sa place au Musée Grévin : et qu’on comptabilise les incidents, et qu’on montre des images d’affrontements, et que… et que…
Evidemment, derrière les claviers, la bonne société crie son indignation, la chuchotte plutôt, pas le même monde. J’en parlais cet après-midi avec une mienne connaissance, qui me disait avoir honte de son pays. Pour ma part, je lui ai dit, au contraire, j’éprouve de la fierté et ça fait du bien.
Une manifestation qui n’emmerde personne, ça tient pas la route deux secondes, si je puis dire. Donc go !
Les salaires qui baissent ajoutés aux dépense identiques qui montent, si c’est pas plomber les finances des ménages, ça…
Evidemment, à 3, 4, 10 000 balles par mois, on s’entape.
A 1 500 balles pas vraiment. 
Ces invisibles, on les voit fêter la coupe du monde et on trouve ça sympa. Puis on les voit avec des glilets jaunes nantis de la force des plusieurs.
Et ce n’est plus la même chanson.
Tout à l’heure, bloqué à un rond-point, j’ai vu des gens sympas, souriants, complètement dans leur combat. Même les gendarmes avaient des gilets jaunes, d’ailleurs 😉