Bon courage

Les jours passent. L’un après l’autre. On dirait que la météo est un doigt qui nous guide. Samedi dernier, c’était gris, froid, impétueux. Ces jours-ci, c’est l’hiver comme on l’aime en Lorraine avec du givre le matin, il blanchit les arbres et les prés, du ciel bleu et du soleil l’après-midi, une lune rousse, un grand ciel étoilé.
Les jours passent, l’un après l’autre. Un nouveau chemin s’est ouvert. Un chemin étrange. Il éclabousse, parfois. Il épuise. Il penche. Il se redresse. Il regarde droit devant. Il regarde droit derrière. Plein de mots le jonchent. Certains inédits, d’autres qui reviennent, en mode boomerang.
Les jours passent, l’un derrière l’autre. C’est un peu hagard. Certains jours. C’est plus apaisé, d’autres jours. Parfois, c’est dans la même journée que l’on passe du hagard à plus apaisé, du repos au tourment. L’incrédulité peu à peu s’estompe pour ceux qui sont dans cet étrange courant depuis plus de 10 jours maintenant. L’écume des colères noue les tripes. Les vases communiquent. L’incrédulité s’empare d’autres, et d’autres encore, sans que l’on sache vraiment jusqu’où frappe la vague.
Les jours passent, l’un après l’autre, et chaque lendemain peut aussi ressembler à un encore jour de trop. A l’absence chaque jour plus palpable s’ajoute une forme d’impuissance. Une lueur singulière. Dans cette météo hivernale, un brouillard est tombé, aussi.
Les jours passent et les films repassent. Les jours lassent et les histoires ressassent. Qui s’en veut. Qui se souvient. Qui n’a pas les mots. Qui en a trop. Qui est maladroit. Qui… Toutes et tous, unis malgré tout par ce fil invisible qui relie des femmes et des hommes par delà la géographie du vide et les lois.
Les jours passent et cette fois encore, il ne sera pas possible de « compter » sur cette société du parapluie et du règlement. Ce qui n’est déjà pas simple à vivre se double de mille et une obligations toutes plus compréhensibles et insupportables à la fois.
Non, cette société n’est pas aidante quand on a besoin d’elle.
Alors les jours passent.
Et c’est ainsi.
Les jours passent. La vie continue. Même si un être s’en est allé on ne sait où.
La vie continue et pèse de son poids mort comme métal autour des chevilles.
Qu’il est difficile, et délicat, alors, se trouver le bon souffle, de siffler le bon air.
Bon courage, ils disent toutes et tous.
Oui, c’est un bon courage qu’il faut.

AMBIANCE SONORE

2021. Quelle drôle de nombre pour une année déjà morte avant même d’avoir débuté, digne héritière de sa précédente.
Nette impression que plusieurs années s’y sont en réalité nichées. 2021 année éprouvante. Nous avons tous taffé, chacun dans son coin, autant que faire se peut.
Le mieux possible.
C’est vrai, quoi : rien qu’à prononcer 2021, tu es fatigué.
On a pris triple dose, comme un air de coupe du monde à l’envers, en mode seringue. Et un, et deux, et trois…
2021, se peut-il que tu aies été une année qui sur un scrabble compterait triple ?
Y’avait de l’usure, en tout cas, j’ai trouvé, sur bien des visages et dans plein de regards. Des rides aux commissures, des regards masqués, écarquillés, écartelés, parfois apaisés. Fatigue et nerfs en pelote. L’imparfait est seyant pour une année singulière.
Maintenant que les informations n’en sont plus.  
Maintenant qu’à quel saint on ne sait plus se vouer. Dans le grand magasin des idéologies chacun pioche. Petites pointures.
Maintenant que toute honte est bue sans vergogne puis arrosée à qui pissera le plus loin.
2022 a d’ores et déjà l’air plus nerveux dans sa prononciation.
Au fond, 2021 n’a pas rimé à grand-chose et 2022… ???
Mais ne disions-nous pas déjà cela, après que 2021 ait succédé à 2020 ?
Deux ans qui semblent n’en avoir fait qu’un et mille à la fois, pendule chamboulée, alors que nous nous apprêtons à la troisième dose.
Une autre salve. Ici et là, ça grince. Pauvre escalier social !
Le sale air de la peur n’a pas fière allure alors que le nucléaire va devenir une énergie verte.
Le sale air de la peur comme gouvernail : l’Homme connaît la musique pourtant, mais il a oublié les paroles.
« Que les pauvres soient notre boussole » a écrit une mienne connaissance en guise de vœux.
C’est arrivé sur mon téléphone aujourd’hui.
J’ai aimé les nombreuses lectures possibles car cette connaissance, je subodore qu’elle est bien sûr allée au-delà de la simple apparence de la phrase et de ces quelques mots.
Pensons à tous les pauvres, oui.
Les pauvres de nous.
Les riches si pauvres.
Les pauvres si riches.
Les pauvres cons.
Les pauvres paumés.
Les égarés de tous chemins et de tous pays.
Les moisis et les jouvenceaux.
Bref, moi, toi, nos voisines et nos voisins, nous cousines et nos cousins, nos copines et nos copains.
Tout le monde se cherche une boussole, dirait-on pendant que braillent dans des langues inconnues celles et ceux qui s’évertuent à croire que la leur est la bonne. Pauvres d’eux !
Pour ce qui me concerne, 2022 est arrivé entre trois frontières et une épaisse brume. J’ai trouvé cela fort élégant.
On trouve son chemin quand même.
Le reste on en reparlera.

Petite bougie démocratique, résiste aux tempêtes !

Premier soir : des chants d’oiseaux. De la terre et du soleil. Une scène et des gradins. Emily au cœur de tout cela. A fleur de peau. Minée en plus : un des musiciens dans le doute s’est abstenu. Covid.
Deuxième soir : n’a manqué que le feu de bois. Il y avait tout le reste dans cette belle salle de spectacle près de Strasbourg. Des mains chaudes et des guitares. Des voix et un accordéon pour célébrer plus que le métissage. Titi en « cerveau » de tout cela. A fleur de peau.
Troisième soir : Des masques et des regards, une salle des fêtes où se comptent et se recomptent les enveloppes et les bulletins, avant que le résultat ne tombe. Une modeste élection dans un village.
Rien ne lie de prime abord ces moments disparates et éclatés dans le temps. Pourtant beaucoup les relie.
Il est des étoiles qui flottent dans les ciels de chacune et de chacun et certains soirs, elles irriguent, d’autres, elles s’étiolent. Certains soirs c’est bonheur. D’autres c’est tristesse.
Si la démocratie était un ciel étoilé, j’y verrais des lueurs qui s’éteignent et donnent l’impression de n’en finir pas de s’éteindre.
Cette « modeste » élection a tellement ressemblé, en fait, ce que l’on voit à d’autres échelles. A ce qui se prépare et se poursuit dans notre pays. Le pays des petits hommes.
Heureusement, dans cette démocratie qui décidément se « joue » de moins en moins dans les urnes mais toujours en terme de voix, d’autres lueurs éclairent d’un tout autre éclat !
Premier soir : Emily nous a dit comme elle souffrait de ce monde et comme malgré elle bataillait pour que du soleil en émerge. Ecoutez Ycare, son dernier album, que perso, j’écris avec Y.
Deuxième soir : Titi avec ses doigts de fée qui ressemblent à un ruisseau nous a dit la main tendue et les regards appuyés que quand les peuples se parlent et s’aiment, on est invulnérable ou presque, quelles que soient les rives où l’on s’attache.
Troisième soir : les regards des « battus » du soir avaient de cette lueur d’une Emily, d’un Titi, de leurs musiciens, de spectateurs conquis. Vous savez, cette lueur qui brille par-delà les subterfuges et les apparences. Cette lueur qui laisse couler la larme pour embrasser le bleu.
J’ai mal à ma démocratie et à la fois bien sûr j’en respecte le verdict, une fois encore. Il y a eu vote. Il y a eu résultats. Mais comme certains autres soirs électoraux, je me dis, dommage, dommage, y’a que des perdants.
Mais il y a des Emily et des Titi, ds anonymes et des engagés, qui viennent heureusement rappeler que oui. Pour, c’est mieux que contre.

Le calme blanc

Le Saint-Nicolas, je n’avais pas reconnu qui c’était. Le Père fouettard non plus, au début. Puis il a parlé. Il a dit quelque chose à un voisin-copain. Avec ce chuintement inimitable. Débusqué, le père Fouettard.
Mais oublié.
Le gamin ne veut pas savoir, ni comprendre ; la bouche est pleine de bonbons même pas bons, mais généreusement donnés, offerts, saisis à pleines poignées.
Non, le gamin ne veut pas accepter que l’imaginaire, c’est moins bien quand en vrai. En chair et en os. Il préfère se dire que le Saint-Nicolas et le Père Fouettard sont réellement venus dans la salle des fêtes du village.
Le gamin sait très bien, au fond, que ce en quoi il croit, c’est ce qu’il préfère croire, puisqu’il ne croit pas en ce qu’il ne croit pas, au fond.
Il s’en fout. Il a choisi. Juste choisi : le moment garde sa magie, et pis c’est tout. D’ailleurs arriveront ensuite : la mandarine, le pain d’épice, un cadeau. L’enfant Lorrain bénéficie d’un échauffement. C’est son apéro avant le festin. Avant la suite. Un père Noël, puis deux. Même sans débouler par la porte ou la cheminée. Même sans cheminée. Puis un nouvel An. Le cinéma. D’autres cadeaux. Largement de quoi faire.
Avant la galette. Et les crêpes. Et les beignets.
Oui, largement de quoi faire.
Et ainsi passe l’hiver. Quand décembre est arrivé. Après l’anniversaire.
Et ainsi passe l’hiver. Surtout si par bonheur, il y a de la neige.
La carotte dans la tronche du bonhomme rondouillard. L’écharpe et le chapeau de paille.
L’onglée mêlée de sueur.
La gadoue.
Le calme blanc.

A plus d’un titre(s)

Suffit d’un titre de bouquin parfois pour avoir les pieds gelés. Ce bouquin et ce titre, un seul mot : mobylette.
Un souvenir : une 103 Peugeot. Rouge.
Une épreuve : aller au foot l’hiver à 15 bornes de la masure familiale. Assumer la promesse : oui, oui, si j’ai la mobylette, je vous embête plus à m’amener et venir me rechercher au foot. Super l’été.
Complètement con l’hiver : pieds froids. Gelés. Deux enclumes. Tu enfiles les grolles pour t’entraîner, jouer le match du samedi. Tu serres les dents.
Suffit d’un titre de bouquin, parfois, pour bien valdinguer.
Le même mot : mobylette.
La même 103 SP rouge. Encore.
L’épreuve : un gadin mémorable, grisé par la vitesse, au milieu d’une forêt, driblant avec dextérité les flaques, évitant les creux jusqu’au gadin. Pas malin.
Complètement con : ensanglanté coudes et visage, bras et mains. Pieds liés.
Suffit d’un titre de bouquin, parfois, pour réveiller une odeur. Un souffle.
Le même mot : mobylette.
la même 103 SP rouge. Toujours.
L’épreuve : la liberté. Son souffle chaud sur la nuque. Son coeur bondissant dans la poitrine. Le bled soudain qui semble moins étriqué. Plus ouvert. A l’adolescent qui compte les jours. Sur son vélo. Sur ses deux jambes.
Suffit d’un titre d’un bouquin, d’un mot.
Pour retrouver sa mobylette engloutie par les années en fait intacte demeurée. Mieux : les années ont passé, et le film peut se rejouer à l’envers. Et hop, marche arrière, pas de gadin. Et hop, les pieds chauds.
Juste le souffle chaud dans la nuque. La liberté.
Quelques années plus tard, ce sera nettement moins drôle. Un autre mot. Un autre deux roues. Une autre chute.

Ne le prenez pas mal, mesdames, messieurs qui êtes touchées et touchés de près par tout cela. Mais moi, toutes ces histoires de « genre », ça commence à me courir sur le haricot. Probablement parce que je suis à la fois trop simpliste et très tolérant. Probablement aussi parce que l’intime… c’est intime, justement.
Je suis mal placé, je sais. En France tout du moins.
Je n’ai pas été touché au cul, ni contrôlé dans la rue ; je n’ai pas dû me me battre contre des impératifs familiaux, ni des totales incompréhensions sociétales ; j’ai toujours gagné moins que d’autres dans ma vie professionnelle, et plus que certains.
Alors l’intolérance, je ne pratique pas. Je m’y frotte parfois, je trouve toujours cela très con, surtout qu’il semblerait que ça monte en flèche ces dernières années, à mesure d’ailleurs que les paroles se libèrent. Dun coup, si on entend mieux les « justes », on entend aussi davantage les « cons ».
Au final, quoi ?
Un homme est une femme, une femme est un homme, un homme aime un homme, une femme aime une femme, un homme aime une femme, une femme aime un homme.
Tout cela me va.
Comme me va l’idée que mon « pays » soit une terre d’accueil. J’ai connu, croisé, aimé des venus d’ailleurs et qui sont surtout des gens d’ici.
Comme me va l’idée que les couleurs de peau et les religions c’est pas des maladies. Ni des signes extérieurs de quoi que ce soit d’autre que le métissage, qui rend intelligent paraît-il, et le partage des cultures, qui enrichit, c’est une évidence. Rien qui ne puisse cohabiter quand on y pense. De la même manière qu’on est toujours le con de quelqu’un, on est toujours un migrant de quelque part. A minima de la Terre. Nous n’y faisons qu’un passage.
Comme me va l’idée que tout n’a pas été bien fait dans le passé et que tout peut être mieux fait dans l’avenir. Mais pire aussi. On sent bien les effets de balanciers.
Je boucle la boucle, du coup.
Ces histoires de genre, de repentances, de conflits religieux et finalement de conflits tous azimuts entre tout et tout, rien et rien, oui, tout cela me court sur le haricot. Je n’aime pas le nivellement par le bas. Et quand la jalousie et ou la peur dominent, pour le coup, ça hermétise les liens alors que pourtant, c’est l’inverse me semble-t-il qu’il faudrait.
Au fond, je me dis, pas si naïvement croyez-le bien, que quand on cesse de confondre coupable et responsable, et que si l’on jette les parapluies derrière lesquelles on se cache, déjà, ça serait mieux. Ce serait bien.

Une armée pacifique invisible qui fait du bien

Ma mienne profession me permet d’allier l’utile à l’agréable. Le futile parfois à l’essentiel. J’ai eu chance, vendredi et samedi, de faire rencontres de tout bois par un froid de canard mais chaud devant avec des femmes et des hommes qui éclairent. Qui œuvrent. Chacune et chacun avec sa personnalité et son environnement. Discrètement. Avec des étoiles dans les yeux. Et ça ne date pas d’hier !
Enfin si, justement, ça remonte à loin, tout ça ! J’ai eu plaisir à croiser l’hier encore sacrément vivace et le demain toujours bien présent. Faisons court.
Voici une femme de septante ans qui fut la première à l’époque à penser que le féminin pouvait explorer les pôles. Combat. Sur lequel aujourd’hui elle pose un regard apaisé. Témoigne volontiers. Évoque des temps pas si lointains qui nous semblent hallucinants alors que « tout simplement », elle n’a pas lâché sa passion, est allée vers son rêve, après que sa mère lui ait lu des histoires pour faire dodo, après que l’exploration des pôles fut devenu pour elle une passion, une mission, une raison.
Voici plus près de nous un couple. La trentaine et un bébé de deux semaines (et demi). Il y a 3 ans, ils ont lâché une vie pour en épouser une autre.
Lui, informaticien, est devenu maraîcher.
Elle, illustratrice, va animer des ateliers créatifs.
Ensemble, ils ont racheté une vieille ferme, l’arrachant à des promoteurs immobiliers, lui redonnant corps et âme. Sans doute le meilleur est-il à venir à mesure que leur projet fédère autour de lui. Les petits ruisseaux, avec beaucoup d’huile de coude, ça marche !
Voici enfin cette femme toute en énergie, qui a développé dans son coin la fabrication de shampooings bio et végan. Surprise elle même par l’engouement que cela a pris, elle campe fièrement sur ses valeurs, défend la solidarité, l’agit même.
Trois rencontres qui détruisent les futurs candidats qui font des doigts d’honneur. Ils ne sont pas à la hauteur. Les humbles le sont. Eux donnent l’envie et énergie pour faire face aux coups de boutoirs assénés par ce que l’on nomme l’actualité et qui ressemble de plus à un long métrage.
La réalité contre une fiction qui s’écrit sous nos yeux.
Des aventures humaines qui donnent des couleurs et des visages, même avec des masques, aux espéreux, et qui sait, un souffle aux désespérés.
Regardez autour de vous : doit y avoir les mêmes.
Une armée pacifique invisible qui fait du bien.

Tacatacatacatacatacatacatacatac…

Souvent, on se demande pourquoi. Pourquoi cet air dans la tête, pourquoi ai-je pensé à ceci ou cela aujourd’hui. En réalité, on devrait se demander comment ? Comment cet air s’est installé dans ma tête, par quels dédales il est donc passé pour surgir, là, tout d’un coup ? Ca vous le fait, vous ? Moi oui, des fois. Je me retrouve à siffloter un truc, ou à fredonner un machin, et lorsque je m’en aperçois, je me dis ben v’là, d’où ça sort, ça ?
Cela vaut aussi pour des objets.
Aujourd’hui par exemple, j’ai repensé à mon opinel, ce jeu que j’ai longtemps pratiqué ado les jours d’ennui : le jeté d’opinel. Pour que pile poil il se plante dans l’herbe. Tenir la lame entre la pouce et l’index, et pfuuittt, fermeté dans le poignet, et swatch, planté dans le gazon ! Quel plaisir, quand on y pense. C’était un opinel avec cran de sécurité, même. Un 8, d’abord, puis un 10 et un 12 même, l’âge avançant ! Comme ceci :


Et j’ai pensé aussi à un jeu, le « tac tac » j’appelle ça. Je ne sais même pas si ça se trouve encore de nos jours (mais semblerait que si). Une ficelle, pour ne pas dire une corriotte, deux bouts et à chaque bout une bille, pour ne pas dire une boule, et la dextérité qui demande à ce qu’à chaque fois, on parvienne à les faire claquer. J’ai d’ailleurs retrouvé une photo de l’époque (fake, c’est du piqué sans vergogne sur le net) :

Voilà voilà 🙂

Et n’oublions pas les osselets, bien sûr !