Juillet et décembre. 2019. 5/06 et 25/12. Maman puis papa s’en sont allés ces jours-là et cette année-là. Elle a montré le chemin. Il a suivi. Nez creux, si je puis dire. Quelques semaines plus tard, le covid débarquait. Plus ça va et plus je suis heureux pour eux qu’ils s’en soient allés à ce moment-là. Avant tout ce qui a suivi. Juste à temps.
Il m’arrive de me demander comment ils auraient vécu toutes ces p*** de semaines qui sont les nôtres depuis… Ils n’auraient pas aimé, c’est certain. J’entends mon père me dire comme il ne comprenait alors plus ce monde. Ma mère n’en dire rien mais n’en penser pas moins. Que comprendraient-ils, aujourd’hui, de la manière dont notre vocabulaire a évolué, s’est durci derrière nos bouches masquées. Où s’enfouissent les valeurs qui s’enfuient ?
Eux ont connu les prisonniers de retours d’exils qui hurlent dans leur sommeil et les explosions dans les champs qui arrachent des vies ; Ils ont bataillé toute leur vie pour transmettre et éduquer, accompagner et faire grandir des intelligences, livré combat pour que l’avenir soit un bel horizon, la mémoire un trésor, un voyage un partage, un spectacle une offrande. Fraternité. On boit un coup, on partage une bouffe, on dit des conneries, on se fend la gueule, on finit tout cela avant la nuit avec des pétanques et des belotes.
L’oreille n’entend plus très bien, les corps vacillent, les douleurs cisaillent, l’agenda se remplit de rendez-vous médicaux, les absences se notent comme avant les présences étaient scrupuleusement écrites dans l’agenda, les dates d’anniversaires se rayent des partis et s’enrichissent des venus : leur « fin de vie » ne plaide pas pour une extase de leur part à l’idée de les confronter au corona circus.
Mais ce qu’ils ont été et ce qu’ils sont demeure. Sans doute auraient-ils sauté sur le vaccin, puisque le médecin le conseillait ; probablement auraient-ils écouté avec zèle les scientifiques, les recommandations de l’état : mes parents sont issus d’une société où l’on avait confiance dans les institutions et le savoir. Eduqués dans une société du progrès où le mot Humain était une évidence, bien que de moins en moins prononcé.
Je pense qu’ils seraient malheureux. Gênés même de ce « monde » laissé.
Je pense qu’ils continueraient de cotiser, à médecins du monde, au secours catholique, à l’éducation populaire, la lutte contre le cancer et la banque alimentaire.
Ils sentaient : les grandes causes demeurent.
Ils savaient : tout recommencer et finir pour que ça change.
Les grandes causes ne parlent plus. Mais elle hurlent en silence.
Pour l’instant.

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