Lettre ouverte à la Gauche

Chère gauche.
Je t’écris parce que ton silence sur le fond m’assourdit et parce que tes gesticulations sur la forme disent tout de ta candeur dans cet océan où les requins ont réussi, après avoir tout bouffé, à se partager les restes sans sourciller. Sans que tu bouges. C’est dire. L’homme la femme d’état pense et agit pour les générations futures. Qu’est ce tu fous ?
Chère gauche. Je suis un citoyen de 54 balais bientôt et j’ai toujours connu « la crise » comme vous dites, vous les filmés et les interviewés qui vous revendiquez de moi lorsque vous parlez, vous qui, la main sur le coeur, prônez des valeurs qu’ensuite vous mettez pas trop tout à fait en place. Comme une religion dont réciteriez les vers moulus jusqu’à la lie.
Je suis un citoyen de gauche, et longtemps, j’ai pensé que ça ne voulait plus rien dire, gauche et droite ; je me comprenais mal : c’est juste que c’est devenu bonnet blanc et bonnet noir, et vice-versa, et c’est dommage, mais vous êtes abreuvés aux mêmes écoles.
Pourtant, que si, ça veut dire quelque chose la gauche et la droite c’est pas pareil !
Je traduis pour ma part les choses ainsi sans aucune objectivité : à gauche, le collectif, le faire société ensemble, l’humain. A droite l’individu, la thune pour pas crever dans la misère, le tant pis pour les autres.

Alors chère gauche, fonce bordel : tu ne peux plus rester ainsi les pieds englués dans un passé encore plus vieux que celui qui continue de rythmer ton pas et tes pensées même si les jeunes poussent. Tes logiciels. Tu en es encore aux jours heureux. Sérieux ? A l’époque, oui, bien sûr. Mais maintenant ? Que l’on s’appuie sur ce socle, oui, évidemment. Mais c’est pas une statue, non plus. La vie, c’est le mouvement, toujours. Bouge, la gauche, bouge !
Note, chère gauche, qu’il y a bien sûr les gauches comme il y a les droites : dans toutes les familles, il y a plusieurs chapelles. C’est très bien. On connaît et la chanson, et la fin : il n’y aura qu’une seule bannière, qu’un seul porte drapeau. Et au final de la finale, un seul élu. Cesse donc s’il te plaît de te faire croire que tu es appelée. Que nous t’appelons. Nous n’avons plus de voix… Car ça fait longtemps, trop longtemps pour ce qui me concerne, que je ne t’appelle plus vraiment, faute d’avoir vu ce que j’attendais. Je m’en suis pris, des droites et des gauches.
Le plus important c’est que nous sommes pas KO.

Chère gauche, mon sentiment en ce dimanche, c’est une question : quand vas-tu arrêter de manger des bisounours ? Que te faut-il sous le nez pour que tu voies enfin la « France » telle qu’elle est et surtout telle qu’elle est devenue, et donc, telle qu’elle n’est plus ?
Chère gauche, tu es largement tombée dans le panneau et ce qui m’interpelle, c’est que tu continues d’y foncer tête basse. On dirait que depuis 2002, oui, 2002, vingt ans déjà, tu t’es arrêtée de vivre. Nous non. Tu en chies. On en chie. Mais la différence, c’est que nous sommes des millions. Pas toi. Et je me fais porte plume, pour l’occasion : moi, ça va encore. Je vis bien. Mais quand je mets en mode collectif ce « je », je vis nettement moins bien. Et je me demande ce que tu fais, au juste ?
Si je pioche juste dans « l’actualité » de ces derniers jours, je vois quoi : le climat, oui. Les maisons passoires. Les matières premières qui augmentent. Donc qui paie ? Nous autres. Qui est actionnaire ? L’état. Qui fixe les prix ? L’état.
je vois aussi qu’un « vieux » sur quatre est en situation de « mort sociale ». Putain, ça fait mal quand même ! J’ai lu quelque part qu’il fallait autour de 10 milliards par an dans les années à venir pour que notre société « liberté, égalité, fraternité » (hum) soit à la hauteur de « l’enjeu » à relever : celui du vieillissement de la population. Lui-même fruit du « progrès » puisque, et c’est sans doute tant mieux, quoique, on meurt de plus en plus tard. L’état annonce quoi ? Quelques centaines de millions d’euros « d’aides » pour 2021 et fera pareil sous réserve de promesses électorales en 2022. Et là encore, je ne t’entends pas (assez) la gauche, ou peu, ou mal.

Mais il te faut quoi, la gauche ?
D’ici quelques années, un français sur trois aura plus de 65 ans.
D’ici quelques années, un français sur six vivra dans des conditions indignes.
D’ici quelques années, la planète aura continué à se dégrader.
En ce moment, on passe un temps fou à faire mine de « découvrir » plein d’oubliés, ceux qui ont « tenu la maison France » au plus fort de la crise et que de nouveau, au mieux, on relègue, au pire, on méprise à nouveau. Pauvre ne rime pas avec appauvri et riche avec impunité.
Car à peine j’ose ici esquisser tout ce que la crise sanitaire a révélé en terme de détresses à venir, de misère « morale ». La droite dit : on va vous augmenter. Et ça rime avec ta gueule.
Plus que jamais, « on » est un con.
C’est pas lui qui paie.
Pire : on prépare une sacrée ardoise à nos enfants et à nos petits-enfants.
Et toi, la gauche, qu’est-ce que tu dis ? Qu’est-ce que tu comptes faire ? Pourquoi tu t’emmerdes à aller « débattre » avec une création du médiaticus circus ? Pourquoi tu dis aux profs, je double votre salaire ? Mais c’est quoi ces conneries ? Tu voudrais pas sortir un peu de ces postures, assumer une bonne fois pour toute de sortir de ce « logiciel » imposé par la droite depuis tant d’années, imposé par le fric, montrer que tu as grandi, que tu n’es plus en mode « je vais prouver qu’on peut gérer même si on est de gauche » ? Rappeler que ce que l’on donne aujourd’hui et demain aux anciens, aux relégués du système, aux burnoutés du service public, c’est pas des aides, bordel, ni des subventions.
Ce ne sont pas des coûts, ni des coups. Ce ne sont pas que des dépenses. C’est juste que ça, le privé, ben il y va pas. Alors on se retourne vers le « service public ». Qui a bon dos. Qui a le dos large.

Mais regarde, la gauche, regarde : pas loin de 20 millions de français vivent mal. Vivent plus. Survivent. Tu crois pas qu’il y a largement de quoi faire pour un vrai projet de société ? Un truc qui fait envie ? Un truc qui serait résilient et pas résigné ? Tu crois pas que ça vaut « le coût » d’inverser deux ou trois trucs qui ont largement fait la preuve de leur dangerosité humaine et écologique ? Que ça vaut le coup d’investir dans la relation, le digne, le sensible et ainsi oser arpenter des chemins entrevus mais jamais parcourus, jamais balisés ?
Il est temps la gauche de faire socle et soc, de labouter la terre de la « sécurité humaine », ici en France, là-bas ailleurs dans le monde.
Bien sûr que ça aura « un coût ». Et alors ? Mieux que d’enrichir les enrichis, mieux que d’appauvrir les appauvris ? Je ne suis pas certain.
Alors fonce la gauche, parce que je pense que 2022, c’est cramé. Fonce parce que depuis 2002, tu as perdu du temps. Fonce parce les banquiers et les avocats ont tout siphonné, laissant place nette aux collectecteurs de data et aux rois de la pub, celle qui créé le besoin, la mode, la possessivité.
Tu t’es laissée siphonnée, la gauche, et tu es d’ailleurs dans le viseur aussi, la droite, le centre, les extrêmes.
J’aurais le coeur à rire, je dirais que c’est un joyeuè bordel. Mais l’est pas joyeux ce bordel. Et je n’ai pas le coeur à sourire, parce que je (res)sens les tensions qui couvent non pas dans « la » société mais dans les crânes de millions de gens, derrières les fragiles murs de briques de leurs habitations, leurs rides, leur façade pendant que certains se tirent de ce monde, s’en isolent, le fuient comme la peste.
Sauve qui pleut.

Alors fonce la gauche, et ne dis pas forcément ce que nous voulons entendre. Fait ce que nous devons. Reprenons l’état d’esprit des planteurs d’arbres et des bâtisseurs de cathédrale. Ce projet là m’ira toujours mieux que ceux du après moi le déluge, courage fuyons et la terre brûlée.
Fonce la gauche car à un moment donné, comme dit un joueur de foot avec l’élégance des mots du foot : faut se sortir les doigts du cul. Il est temps, plus que temps, de se dire que 1945 ça eût réparé la France mais que ce n’est plus possible de s’en contenter. Que 1789, ça fait date. Que Jésus n’est pas revenu.
Chère gauche, essaie d’être et non pas d’avoir, et sois ce que plus personne n’est dans ce politico circus : responsable.
Je n’ai pas écrit coupable, j’ai écrit responsable.
Et toi qui me lit, ami internaute ou pas, tu peux me dire que je pourrais tout aussi bien écrire chère droite que ça changerait rien, je me permets de te dire que ça changerait tout.
Déjà parce que je ne lui parle pas, à la droite.
Ensuite parce que je ne confonds jamais l’humain avec le billet de banque. Jamais.
Enfin parce que là, si tu n’as pas compris que tellement de choses nous dépassent qu’à tout le moins, on peut au moins sortir de l’arrogance, se savoir petit caillou du grand caillou, petit pays de la planète, petite planète dans l’univers, c’est bien dommage. Pour toi. Pour moi. Pour nous.
Bises du coude, ça m’a fait du bien de te dire tout cela !

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