Musique manifeste, mots dits

On ne dira jamais assez, surtout en cette période où les certitudes plates ont pris la place des convictions, le mental téléguidé tel un pouce sur un mobile, à quel point un spectacle artistique, ça ne se réduit pas à je connais / Je connais pas, j’aime / j’aime pas.

Le spectacle vivant, c’est aussi y aller, se laisser surprendre, sortir des sentiers battus, s’installer dans des gradins sans préconçus, et écouter l’histoire qui vous est contée. Car c’est toujours une histoire que le spectacle raconte.
Ecouter de partout, s’entend : les sons, les mots, les teintes des voix, la mise en scène, les lumières, les silences, la tension des archets, le parquet, ce qui est diffusé sur l’écran. Quitte à s’en repartir en mode trash, les derniers mots c’est quand même « Allez vous branler en vous mettant un doigt dans le cul« .
Aucune vulgarité là-dedans : « Talking Music », opéra contemporain présenté dans le cadre du festival strasbourgeois Musica, une création du compositeur anglais Philippe Venables, qui évoque l’homosexualité, et plus sûrement l’amour, nous dit comme elle a été souffrance longtemps y compris en mode hétéro, comment elle s’est libérée telle parole enfin déposée dans l’espace. A sa façon, dans son langage : dialogue avec nous rythmé par la musique. Ecoute qui fait fermer les yeux dans l’écrin de la cité de la musique et de la danse de Strasbourg, le son est soyeux, les nuances des instruments soulignent, ponctuent, rythment, agressent, adoucissent. Un accordéon se mêle à la partie, et il y a quelque chose de troublant puisqu’on a eu l’explication avant par le compositeur devant nous que l’accordéoniste des doigts du coeur et des yeux va nous conter sa propre histoire avec les mots de sa mère recueillis. Puissant. Aimer, être soi, pouvoir l’être, ne pas laisser d’autres nous dire si bien ou mal, faiire péter le bordel : tout cela est évoqué sans jamais faire déborder la goutte du vase.
Comment je suis arrivé là n’a pas la moindre importance.
Comment j’en suis sorti, par contre, ça en a : la « période sanitaire » que nous vivons, révélatrice du long tunnel dans lequel l’occident s’est engoncé, rappelle à qui veut bien et n’a pas la mémoire courte, comme l’art, la culture, les artistes sont des compagnons indélébiles.
Parler, avec Talking Music, ça prend tout son sens.
Une partie du spectacle se fait d’ailleurs… sur un divan (évidemment), et le compositeur + quelques musiciens sont invités, entre les pièces musicales, à se livrer au Je des questions et des réponses. Ils se prêtent volontiers à l’exercice, hors le spectacle et dedans, donnant des clés de compréhensions. L’on a chance d’évoluer aussi dans les ondulations de la création.
A cette parole s’ajoute celle de textes qui ne sont pas chantés, ici, mais dits. Dits et écrits car à mesure que le « récitant » récite, le texte traduit anglais / français défile sur l’écran. Ce sont plein de mots qui nous débarquent alors sous la pupille pendant que 11 musiciens s’ébrouent. L’ensemble est tendu à bloc, le sujet âpre. La révolution pas loin. Celle de soi vers l’autre, celle de soi vers l’universel. Celle pour soi, pour d’autres. Pas contre. Et ça change pas mal de choses, non ?

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