#chronique en direct / La grande traversée depuis le haut des grues / Malaxe la houle

Les chroniques en direct, ce sont des chroniques que j’écris en même temps que je découvre. C’e’st histoire de valoriser les premières impressions, de fixer les premiers jets. Cela marche pour de la musique ou des bouquins. Là, c’est un opuscule signé David Jacob que j’ai reçu (l’opuscule) dans ma boite aux lettres réelle, celle de la factrice bleue et jaune. L’ouvrage sur sa première page est doté d’un liseré rose sur la gauche, il y a une photo noir et blanc avec deux tabourets le long d’un mur, sur trottoir, deux tabourets. Dessiné, un gugusse saute du haut vers le bas. Et il y a écrit 50 en chiffre (en blanc). Et cinquante en lettres (en bleu). La der explique que 50, c’est la moitié de 100, une ligne de partage à la craie. Tout est lié et s’enchaîne, écrit l’auteur, né sous la chaleur Bretonne et qui a choisi de dire merci à la vie tous les jours, traversant le reste.

Le moment est venu. D’entrer puisqu’on s’est invité. Puisqu’on se sent convié. Attendu. On en ressort suspendu. Détendu.

Je ne vais pas vous la faire page après page : pas envie. Sentiment qu’au contraire, il faut gambader dans l’ouvrage, se laisser surprendre, distraire. D’ailleurs, pas de numéros de pages. Je feuillette. Des photos, des petits textes à la marge, et j’apprécie, évidemment, cette double entrée. Les liseux feront texte en 1 et photo en 2 ou texte deux après texte 1 etc. Les regardeux entreront par les images, comme cette coccinelle, ou ce cul de statue, un rhinocéros tagué sur un mur, un caillou en forme de cœur, un vélo par terre, un pied qui prend des notes.
L’entrée par les textes raconte : « Bien sûr, tu tatonnes. Tu veux les emmener quelque part sans trop en dire, sans dévoiler l’essentiel, ce qui ne regarde que toi et encore… ». « A s’encorder et se corner, mes doigts en coin te devancent de peu dans ta valse, mais epuis là où je rêve, je ne vois que je n’y suis pour rien ».

On continue ?

Que oui, c’est agréable tout cela, délicat, bien imagé, bien écrit ! Un dessert après un repas léger. Une écume sur une vague. De la mousse sur du chocolat à la viennoise. Une viennoiserie.
Là, un guidon de vélo traversé et ce texte : «  A ce moment précis, l’éventualité d’une moustache à faire friser me traverse l’esprit ». Et de fait, à bien regarder, il ne se frise pas la moustache, le guidon. A côté, une toile d’araignée ruisselle le long d’un portail endormi. « L’enfance vient se loger dans le moindre mode » est-il écrit.
Plus loin, deux ombres, l’une porte un enfant. « La fin de l’histoire dépendra de la manière dont vous refermerez le livre » prévient l’auteur, et tandis qu’on subodore qu’on est proche de la fin du bouquin, un doute nous taraude et nous traverse : peut-être ce texte ne concerne-t-il que la photo ?

Page suivante, donc. Et bim.
Postface. Signée par un certain Régis Boulard. « David est l’incarnation du fair-play. Il donne à voir, comme d’autres à manger, il donne à lire et à penser, il fait confiance, c’est comme ça…». « Demain, nous ne dirons rien non plus. Demain, pour les témoins, nous serons des vaincus. Les vaincus doivent se taire. Comme des graines ».

Du coup, on retourne dans le bouquin, s’en remettre quelques lampées comme le chat lape calmement. Page de la photo des lunettes qui flottent dans le caniveau. En face deux jambes, des pieds derrière, le métro. Les deux textes mêlés donnent ceci : « A une belle défaillance, celle de ce trou noir qui me fixe, je réponds en fermant un œil, puis l’autre. Enfin, pour le perdre, et le laisser dans prise, je cligne de l’intérieur. Des ans castrés à glisser, à lustrer le glas, à changer de camp, à remettre la carcasse d’apllomb ; a trop avoir envie de toucher une étoile, n’est-ce pas moi que j’épingle ? ».

Le mot de la fin en espérant vous avoir donné envie d’entrer dans cet univers singulier, une photo de de façade avec effet de transparence. « Nous sommes dimanche et tu me regardes en creux par ta spirale, celle qui renferme en son sein ta nuit et tes silences. » Voilà qui tombe bien : ce soir, maintenant, nous sommes dimanche, dans nos spirales. La nuit sera douce. Belle et étoilée. Cinquante nuances à croquer. Format paysage. Et ça, un dimanche soir, c’est un luxe. Surtout quand on découvre après tout ça… qu’il y a aussi une préface ! Ecrite par Eric Tessier.  » Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu David un jour courir, et ce depuis notre plus jeune âge ». Un témoin, donc. « Si David pouvait se muer en un transformer de son choix, peut-être serait-il fait de deux imposantes grues – une pour chaque bras – dont les gestes lents mais précis contribuent à malaxer la matière urbaine irrévocablement et dont la cabine de pilotage aurait une vue imprenable sur la ligne d’horizon de sa Bretagne natale autant que sur la capitale ». Utile rappel pour finir : nul besoin de courir.

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