Collector

Quelque chose est passé. Comme le liquide de l’intraveineuse. De corps à corps. D’âme à âme. De cœur à cœur.
La maison vide ne l’est pas, ne le sera pas, et je lui souhaite volontiers un nouveau destin. Bientôt. Il est presque temps de passer le relais, ce que la masure a toujours su faire depuis son bord de route, traversant les âges, se reconstruisant après-guerre, se rénovant fin des années 1970.
Une maison tend-elle les bras, du haut de ses tuiles ? Il me plaît de le croire. De le projeter. Car nous n’en sommes (heureusement) pas (encore) là.

Il reste tant à faire que quelques semaines, quelques mois, ne seront pas de trop. La maison vide n’est pas vidée.
Elle sommeille. Elle s’est assoupie. Comme un signe respectueux adressé à ceux qui s’en sont allés.
Les heures viendront : peu à peu, elle se débarrassera de ses oripeaux. Il reste tant de choses, et en ce premier dimanche de l’an neuf, je me suis fait remarque que ces « choses » sont bien plus que des choses, à vrai dire.
S’y nichent des regards. Des instants. Des souvenirs. Des bruits.
Une mémoire qui fait penser à la flamme gaillarde d’une bougie.
En partant, le père a dit « 44 ans, c’est pas mal« .
En comprenant qu’elle ne reviendrait jamais, la mère n’a rien dit.
Comment dire l’apaisement ?
Comment l’écrire autrement qu’en déposant quelques images ?

Narrer… Le carrelage, l’escalier, l’herbe, les sapins des neveux, l’érable rouge de la grand-mère, le jardin, les garages, le bois, la pierre, la rue, l’en face, le vers le terrain de foot, là-bas. Ce qui a changé, aussi. Ce qui n’est plus : le pommier et sa branche barre de foot, le prunier… Comme on chuchote…
En ce dimanche, un beau soleil couchant irrigue un beau ciel limpide d’hiver, et les sourires intérieurs font mieux que des couvertures.
Ecrire l’apaisement du chagrin calme.
Des souffrances se sont enfouies ou sont parties vers l’océan.
Restent des traces.
Je collecte. Cultivateur de mémoire plus qu’arpenteur de souvenirs.
Des livres, des écrits, des images. Rien ne se fane pour qui a le printemps en bandoulière. Tant de portes désormais ouvertes, naguère fermées, des secrets ruissellent et si les larmes sanglotent, les sourires ravigotent. Voilà une maison qui a bien vécu. Avec tout ce que cela dit de mauvais et de bons moments. Cela n’en a que plus de valeur(s).

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