Les maisons de nos pères

C’est une maison. Une maison qui se vide. De ses occupants. De la vie qui va avec. Qui allait avec. C’est une maison qui semble soudain bien trop grande. Immense, presque.
Tout est là. En place. A sa place.
Tout est là est tout a perdu son sens. Et son essence.
C’est une maison qui se vide.
Elle a vieilli. Bien vieilli. Puis mal.
S’isolant par l’extérieur, en quelque sorte, énergie non renouvelable.
Les yeux y sont devenus poreux. Les jambes moins agiles. Comme si au fil du temps, quelqu’un ajoutait des marches à l’escalier et des mètres dans les couloirs. Comme soudain le jardin semble loin. Comme le garage brutalement a pris ses grands airs avec rien dedans.
Obscurité rampante. Odeurs différentes. Plus enfermées que renfermées.
C’est une maison où les portes claquaient facilement, parce que les voix, parce que les courants d’air, aussi. Petit à petit, ces portes se sont retenues et se sont tues, comme si quelqu’un la nuit venir rétrécir les pièces. Ou les refermer. Jusqu’à ce que plus personne ne vienne les ouvrir, figeant à l’intérieur ce qui demeure. Des meubles. Des tableaux. Quelques objets. Rien ne semble ridicule. C’est juste immobile.
C’est une maison. Qui se vide. Peu à peu. Pendant que dans la rue, de l’autre côté de la vitre, du double vitrage, tout continue, ici, tout s’arrête. Des papiers jonchent une table, traces désuètes qui s’accrochent aux rideaux. Une rue où la vie continue, va son chemin, trace sa route, passant devant la maison qui s’en va dans son surplace invisible.
C’est une maison. Qui meurt. Prête à tendre ses bras à nouveau.
Une maison d’après-guerre, boulée, reconstruite. Un temps, passaient les chevaux et leurs conducteurs, l’on s’y arrêtait, c’était le relais, la dernière station avant la route.
Une maison d’aujourd’hui où l’on ne s’arrête plus sauf pour aller en face.
En face, c’est chez le médecin.
En face, c’est la rivière, le village.
La maison de retraite.
Une autre maison. Où l’on se rend à son corps défendant. Où l’on atterrit après un long vol. Où l’on migre.
Une maison dont on repartira un jour.
Ainsi vont les vies de nos maisons. Des maisons de nos pères.

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