You Sun Nah / Moments magiques

En vieux français, Opéra n’est ni un navigateur internet, ni un théâtre où l’on joue des pièces d’opéra, ni même un gâteau aux chocolats. C’est une chose difficile à réaliser ; une œuvre admirable un chef d’œuvre. Pour le coup, la chanteuse You Sun Nah à l’Opéra de Lorraine, dans le cadre du Nancy Jazz Pulsations, ça relevait de cela, tant la petite grande Dame à la voix incroyable et pluriel a su chambouler et tournebouler les travées pleines à craquer de l’écrin. En vérité, et une voix off nous le dit en préambule, on est monté à bord d’un avion. On air. comme si l’on avait embarqué dans un avion, avec voix off qui nous souhaite un bon voyage.

Avant de commencer le décollage, notons que chanteuse, ça fait mot un peu riquiqui , on y reviendra. Et dans le cockpit, elle n’est pas seule puisque venue en trio, avec deux musiciens polyglottes si l’on peut dire, en tout cas impressionnants d’aisances, de calme énergique, l’un à la guitare, au piano et au clavier (Tomek Miernowski), l’autre à la contrebasse, la basse et la batterie (Rémi Vignolo). Aisance non seulement avec leurs instruments mais surtout dans tous les genres musicaux possibles, du silence au rock en passant par le jazz, l’ambiance et le grain de folie. Le tout en tourbillon tantôt acoustique, électrique, électro.

Si les trois artistes sont au fond assez statiques, il règne une sorte de respect permanent pour la musique, le son, la virgule parfois et ce qui danse, ici, ce qui larme parfois et ce qui sourit quand ça ne trépigne pas, c’est la musique. Une sacrée volée de bois vert ! Alors quand en plus, madame nous envoie en français «toi » musique de Michel Legrand et Texte de Agnès Varda, chapeau l’artiste pour l’hommage l’air de rien.

Bref, tout sert la voix de la dame. Qui nous surprend presque plus… quand elle parle. Mais qu’est-ce que c’est que ce timbre fluet, presque enfantin, cette voix de petite fille timide ? On dirait avec ça, elle nous fait atterrir entre chaque morceau parce que la plupart du temps, c’est une lionne qui surgit, un immense dans ce corps fluet.

Fichtre ! Voilà que ce petit bout de bonne femme occupe tout l’opéra, avec deux doigts et sa voix sous une veste rouge. Elle en impose, alors, même quand elle ferme les yeux, même quand ce sont ces musiciens qui s’ébrouent dans le vaste pays que l’on a arpenté pendant plus d’une heure trente. Un authentique voyage qui remet la finesse et la beauté au centre, au coeur, au ventre, et ce monde a quelque chose d’universel.
Elle s’empare avec son univers de la moindre chanson qui lui sied, et elle nous sied alors, ainsi défilent mais pas que God’s Gonna Cut You Down de Jonnhy Cash, You Can’t Hurry Love (non, ce n’est pas de Phil Collins) et Hallelujah, de Léonard Cohen.
You Sun Nah s’y promène d’un bout à l’autre de ses vibrations vocales et les doigts qui pétillent, sans une seule seconde donner le sentiment de forcer ou d’en faire trop. On dirait qu’elle vous tape dans la main, hop là, facile, mais sans frime aucune, avec ce zest de pudeur, d’humilité,de simplicité qui vous fout une salle dans la poche. Momento Magico.

+ sur le net : une critique de son dernier album ici.

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