Slavie

Dans mes rêves parfois, une date vient s’incruster. Elle apparaît, sous différentes formes, la plupart du temps incrustée dans de la pierre. Un rocher. Une sculpture. 1652. Mille six cent cinquante deux. Alors vint le temps de la transhuance.

Un périple qui m’amena sur des terres dont je ne savais pas encore qu’elles étaient à ce point nichées en moi. Mais comment s’en douter ? J’étais fort loin dans l’échelle des temps de ce 1652. Je n’y avais d’ailleurs même pas pensé au départ. L’idée, simple, était venue se poser en moi faisant tranquillement son chemin. Se mit en place un road-trip qui devait me conduire aux confins de la Roumanie et de la Moldavie, en passant par la Serbie et ce curieux festival de Guca. Entre autres.

Je voulais aussi, et surtout, peu importe que ce soit à l’aller ou au retour, aller vers Tchernobyl, et aussi voir de mes yeux les camps de concentrations nazis. Ukraine, donc. Pologne, aussi. Rien que des destinations que l’on sent pluvieuses et nostalgiques. Slaves. Rien que des destinations auxquelles bien longtemps je ne prêtai aucune attention et qui au fil des ans, prirent de l’épaisseur intérieure, comme une seconde peau.
J’écoutais en souriant mes amis et mes collègues toujours évoquer leurs désirs de soleil, de pays lointains et enchanteurs, me gardant bien, gardant pour moi plutôt, ce que j’avais appelé mon projet Slavie.

La Slavie est ce grand continent que je me suis fabriqué, de la Lorraine à l’Ukraine lointaine, en passant par l’Allemagne, la Hongrie, la Roumanie et pourquoi pas la Lituanie, la Finlande.
C’est vers le plateau de Polodie que cela commença à me titiller. Un air connu. Le plaisir des grottes, et en particulier la bien nommée ‘Optimiste ». Le plaisir des plateaux, des pierres, des méandres. Cela faisait drôle. Le 1652 revint en force.
A la fois, je n’étais jamais venu ici ; je ne parlais pas la langue, je ne capatais rien à leur écriture ; et à la fois, j’étais chez moi. De source sûre. Et certaine. Tout me parlait ici dans le langage oublié.

En voiture, à vélo parfois, cela allait toujours plus vite qu’à pied, comme le firent naguère celles et ceux que je poursuivais sans le savoir près de 400 ans plus tard. Et pour cause. En 1652, en plein la guerre, ils décidèrent de partir. Cap à l’Ouest. Ils prirent par la Pologne, puis la France. S’installèrent Traversèrent d’autres fleuves, d’autres terrains vagues. S’installèrent à nouveau. J’arrivai pour ma part plus tard. Un 1652 gravé quelque part.

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