» La seule vraie couleur est le blanc « 

Vu à la télé / Philippe Sollers

Écouter, regarder Philippe Sollers, c’est comme respirer un bon coup pour aller chercher de l’oxygène.
Il est des femmes, des hommes, qui rappellent que l’intelligence n’est pas un vilain défaut, que produire de la pensée, ça reste une belle aventure. Il parle simple, cela en dit long sur l’exercice digéré de la complexité.
Il y a quelque chose d’incongru à trouver cet homme sur le plateau d’une émission qui correspond grosso modo à beaucoup de ce qu’il n’est pas. Pourtant, venu vendre sa dernière soupe, il ne se dérobe pas et plutôt que de jouer le jeu, il déploie sa matière grise sans vergogne. Bravo de l’avoir invité. Bravo d’être venu.
Au fil de questions, il recommande de lire et relire, pendant que les images défilent, la société du spectacle de Guy Debord.
Il ne s’agit pas de brandir un précurseur, un visionnaire, un gourou, un maître à penser, un révolutionnaire, un suspect, mais plutôt d’inviter, par delà ce qui nous accule, à comprendre comme tout ce qui survient était un nez au milieu de la figure que nos yeux trop accaparés et toujours plus sollicités même du bout d’un pouce – Michel Serres, Petite poucette, est aussi de ces hommes-là – n’ont pas pu faire autrement que laisser venir.
Je réfléchis souvent à dans deux cents ans, dans mille ans et comme beaucoup je pense, je me demande à quoi ressemblera l’être humain. Aurons-nous changé physiquement, et comment ?
Ecouter, regarder Philippe Sollers, qu’on apprécie ou pas le bonhomme, qu’on aime le lire ou non, c’est surprendre un œil malicieux qui a beaucoup vécu pendant 80 ans, beaucoup pensé, beaucoup écrit, beaucoup échangé et ce qui frappe, c’est que l’oeil malicieux convoque la poésie en lui donnant une modernité épatante, presque moderne. Des mots comme des couettes sous lesquelles se nicher, même quelques instants. Le respect suinte par tous les pores sous le costume de circonstance et les jeunes spectateurs autour de lui applaudissent, touchés par une grâce surgie de nulle part.
L’écrivain Philippe Sollers estime que lire apprend à lire. Il pourrait sûrement ajouter que penser apprend à penser. Qu’écouter apprend à écouter. Qu’être apprend à être.
Sans jamais conjuguer au passé, ni même brandir l’avoir. Pas de dette. Apprendre. Et apprendre encore. Droit maintenant, droit devant. Merci monsieur.
Les coupures publicitaires sont les vrais programmes qui entourent les émissions, on le sait. Raison de plus pour savourer quelques interstices. Quand les plats sont indigestes, les miettes font de parfaits complément alimentaires.
Balle au Centre (son dernier bouquin, en savoir plus ici).

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